La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

314 LA REVUE SOCIALISTE une cnt1que facile, - n'a été épargnée par l'opposition républicaine. Nous sommes ici dans un domaine ou tout est à refaire, ou tout apparaît en désaccord avec les principes de l'équité. On se demande comment, vingt-sept ans aprés la Révolution du 4 septembre et plus de vingt ans aprés la victoire définitive du régime actuel, de si criants abus ont pu subsister. dans l'organisation de nos impôts. Disons-le tout de suite: en matiére fiscale, le parti socialiste ne saurait, dés maintenant, faire prévaloir les solutions q~i seraient les siennes, s'il avait jeté les bases d'une autre économie sociale. Le mot impôt deviendrait même un terme à peu prés vide de sens à l'heure ou la nation s'approprierait l'intégralité ou la grosse majorité des capitaux existants. Mais, dans l'ordre de la fiscalité, comme dans beaucoup d'autres, si nous ne pouvons conformer sur le champ nos actes à nos principes, nous devons nous orienter sans trêve vers la justice. Notre rôle est de chercher les meilleurs modes de transition, d'élaborer les réformes qui réaliseront plus d'égalité, et qui imposeront à la richesse une plus large contribution aux choses publiques. Le remaniement des taxes directes a failli aboutir au cours de la législature; la résistance des conservateurs a malheureusement triomphé. Nos représentants ont vaillamment défendu l'imposition progressive du revenu; ils ont même eu l'honneur de déposer le projet le plus compréhensif et le plus fayorable à la démocratie dont la Chambre_ait eu à s'occuper. La proposition que Jaures formula en 1894 était autrement vaste que les textes dont Cavaignac et plus tard Doumer, se firent les champions. Il ne s'agissait plus ici comme dans le libellé de Cavaignac d'une taxe de superposition à rendement minime, ni comme dans le budget du ministère Bourgeois, d'une taxe de I 5 I millions coexistant avec l'impôt foncier et les patentes. Jaures réclamait la suppression radicale des quatre contributions directes et leur remplacement par une contribution progressive des revenus au-dessus de 3,000 francs et une augmentation progressive des droits de mutations pour les dons et legs de plus de 50,000 francs. Certes, il n'y avait point là une mesure socialiste, mais une « pierre d'attente >> pour l'avenir et en tous cas le principe d'importants et légitimes dégrèvements. Le paysan y trouvait son compte, de même que l'habitant des villes; le vieux système de la taxation par les indices extérieurs était jeté à bas. C'était bien la richesse qu'on frappait. La Chambre fut effrayée par ce projet qui n'était pourtant point révolutionnaire, - car il ne recueillit que 136 vo_ixcontre 352. Battu sur son propre texte, le parti socialiste se rabattit sur les motions plus anodines des radicaux : il vota, en I 894 et 1895, les propositions de Cavaignac; en 1896, celle du cabinet Bourgeois-

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