La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

312 LA REVUE SOCIALISTE contre les congrégations, est cette loi scolaire, assise sur trois principes : laïcité, obligation, gratuité, et que nos ennemis attaquent toujours sans relâche. Cette loi a été désertée. La faction catholique, au cours de cette législature, a obtenu de l'opportunisme, en recul sur lui-même et en lutte contre la démocratie, plus que des promesses : des actes. Son triomphe s'est signalé d'une part par la suspension des laïcisàtions, de l'autre par l'intrusion sans cesse croissante de l'influence ultramontaine dans nos affaires intérieures. Nous n'avons pas besoin de dire avec quelle vigueur, toujours renouvelée, nos amis ont dc:fendu les conquêtes menacées. Lorsque la gauche et l'extrême gauche ont interpellé Méline, et, avant lui, Casimir Périer, sur leurs relations suspectes avec la droite, lorsqu'elles ont dénoncé le pacte, Méline et P~rier ont nié. « Citeznous donc des faits!», s'écriaient-ils. Le fait capital, c'est précisément le maintien des congrcgations dans nos écoles primaires, c'est l'abandon de la jeunesse française à la pression des prêtres qui façonnent son cerve:rn pour toutes les réactions. A deux reprises, en 1896, en 1897, au cours des discussions budgétaires, Lavy, Guesde, Jaures ont réclamé la laïcisation des 8,000 emplois restés aux mains des ecclésiastiques; Méline a opposé une résistance qu'on conçoit, car il eût payé de sa chute la stricte application de la loi. Nos représentants ont pourtant, dans ces combats si gros de conséquences, serre autour d'eux le parti républicain tout entier, socialistes et antisocialistes. Le pacte, nous l'avons encore démontré à maintes reprises, et avec la derniére évidence. Gérault-Richard a pu faire hommage au cabinet Méline de l'élection de l'abbé Gayraud, où l'ingérence du clergé se marqua avec tant d'âpreté et d'insolence. Nos amis ont été les premiers à voter cette enquête qui révéla tous les dessous de la politiq uc romaine, et qui restera l'acte d'accusation du cltricalisme ultramontain. Multiplierons-nous encore les exemples de la condescendance des Charles Du puy, des Périer, des Méline pour le Saint-Siége, recenserons-nous tous les votes du parti socialiste en faveur des droits de l'État laïque et contre l'audace des congrégations enhardies? Rappelleronsnous les débats ou Millerand et Vaillant se signalcrent, soit sur la circulaire étrange du nonce Ferrata aux évêques, soit sur le congres. de Reims, soit sur l'abominable discours du Pére Olivier a Notre-Dame? Une seule proposition résumera notre attitude dans les questions religieuses; elle en sera pour ainsi dire le symbole : celle que Rouan et et Gérault-Richard déposèrent en juillet I 897, pour réclamer l'abrogation de la loi du Sacré-Cœur. Elle ne réunit que 136 voix contre 322. En présence de pareils scrutins, on ne peut s'étonner du réveil des passions fanatiques, des explosions de violence que les antisémites ont réussi à déchaîner parfois sous le couvert d'obscures préten-

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