• L'ERREUR JUDICIAIRE nouvelle ouv1t la porte de l'instruction à l'avocat: désormais, l'::iccusé peut se refuser à tout interrogatoire hors la présence de son défenseur. C'est le président d'assises, rarement impartial, entraîné à prouYcr la culpabilité de l'accusé, accueillant favorablement les témoins pour, bousculant les témoins contre. C'est le ministère public, plein de mansuétude pourl'accusation aussi, et rudeà la défense. Il y a« inégalité entre l'accusation et la défense >>. Pendant des mois, l'accusé est à la merci des juges : il a les quelques heures d'audience pour se deîendrc ! L'acte d'accusation liYre l'accusé ligotté au jury. Ce sont des renseignements non contrôlés par l'accusé qui le dépeignent au jmy. Cc jury, le ministère public peut le composer à sa rnaniérc. Le ministére public se fait fournir des renseignements de police sur l'opinion, la situation des jurés. On ne les communique pas, ,·ous pouvez croire, ù l'a\·ocat. La récusation des jures par le rninistcrc public est fondée : la récus::ition des jurés par l'accusé est illusoire. Il faut lire sur le fonctionnement de la Cour d'assises le linc d'un magistrat compétent et de libre esprit, !Il. Cruppi. MM. Lailler et Vonovrn concluent ainsi cet exposé de c::inscsdes erreurs j_udiciaires: « Jadis à Vsnisc, un boulanger fut condamne au dernier supplice comme meurtrier d'un noble vénitien. Le malheureux ét::iitinnocent. Quand l'erreur fut reconnue, le Sénat s'empressa de réhabiliter la mémoire du boulanger : une messe fut fondée à perpetuité pour le repos de son l111e.Une lampe fut suspendue toujours allumée dans une église proche du palais, et dans la salle des audiences, en lettres rouges, sur le mur, furent écrits ces mots: Ricordnlevi del poverofor11nro. (Souvenez-vous du pauvre boulanger!) Depuis lors, chaque fois que le tribunal criminel se levait pour délibérer, un huissier répétait à voix hante la formule inscrite au mur. >> Il ne f~ut pas demander une pareille inscription clans nos palais de justice. La liste des martyrs judiciaires est trop longue ... Pensez : Fabry - Rose Cornu - Rispal et Galland - Lecomte - Rossi - Legras - Gance!- Pauline Beudot - Rouilliez- Lesuier - Renosi - femme Doise - Lebail - femme Druaux - Yvam - Foulon - Vuillern~not - Naudin - Cauvain - Pierre Vaux, etc., quelques-uns seulement de ce siècle ... Pierre Vaux! Condamné en 1852, mort en 1874, a propos de qui ses enfants écrivaient encore en 1888 au président Carnot - pour recevoir la réponse ci-dessous : « Le secrétaire particulier· informe M. Vaux que sa demande adressée à M. le Président dans le but d'obtenir ln grâce de son père a été transmise au ministre de la justice comme étant de sa compétence ... >>
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