UNE LÉGISLATURE SCANDALES Fll\ANCIERS Les scandales financiers ont tenu une place considérable parmi les événements de ces quarante-deux mois; coup sur coup ils sont venus proclamer les tares indélébiles du systémc social, la déchéance d'un régime où l'or est tout et où la passion du gain a terrassé toutes les consciences. La subordination du Parlement à la haute banque, la mainmise de la ploutocratie sur les sénateurs et les députés, et par eux sur la richesse nationale, le drainage systématique de l'épargne de pays ont été dénoncés et flétris, soit par les grandes enquêtes du PalaisBourbon, soit par les instructions judiciaires. Panama et les chemins de fer du Sud ont attesté tour à tour la vénalité de certains représentants du pays, en qui une longue _impunité aYait obscurci le sens moral. Le pays tout entier a été secoué par un frisson de révolte et d'indignation lorsqu'il a entendu un des leaders du parti opportuniste, un ancien ministre, RouYier, développer à la tribune la théorie du potde-vin, justifier, par on ne sait quel dévoiement de penscc, sa participation aux syndicats d'émissions. Quelle salutaire leçon se dégage des scandales qui ont éclaté successi,·ement, s'accumulant les uns sur les autres, englobant toujours le~ mêmes hommes, comme s'ils avaient pris à tâche de jeter sur le système dont ils vivent une ineffaçable condamnation ! Si nous insistons quelque peu, en cette brévc étude, sur les grands procès politico-financiers qui ont été souleYés de 1893 à 1898, c'est que le parti socialiste a poursuivi sans trêve et sans relichc la sanction <les crimes commis; c'est que, sans la présence <le nos représentants sur les bancs de la Chambre, les gigantesques spoliations accomplies eussent été pour toujours ensevelies dans l'ombre. Le Parlement a eu à discuter trois graves incriminations. Au mois de janvier 1895, le cabinet Charles Dupuy tombe sur l'affaire des conventions des voies ferrées. Contrairement i la thèse gouvernementale, le conseil d'État, tranchant le litige <leferé par !'Orléans et le Midi, proroge bien au delà de 1914 la date de l'expiration des garanties d'intérêt. Barthou, hostile i cette interprétation, démissionne; Millerand, invoquant la solidarité ministérielle, invite les autres membres d_ucabinet a suivre cet exemple. Sur leur refus, il obtient le vote d'un ordre du jour qui les renverse. En même temps, par 30 voix de majorité, il arrache la nomination d'une commission d'enquête sur les actes de Raynal, ministre des travaux publics lors de la signature des conventions de 1883. On sait que cette enquête, menée par Darlan, dans un dessein d'étouffement, aboutit à innocenter l'homme politique inculpé. Le II février 1896, la mise en accusation, proposée par
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