La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE un contrat comme un autre, car la personnalité humaine y est engagée. )> La discussion sur la crise agraire a occupé sept séances de juin, juillet, et novembre 1897. Elle a eu un retentissement énorme, non seulement dans toute la France, mais dans le monde civilisé; elle a répondu à une préoccupation qui anime également conservateurs et socialistes dans tous les pays où ils se trouvent aux prises, et qu'on peut exprimer par cette phrase : De quel côté se placeront les paysans? - Elle a enfin offert cette particularité que toute une fraction du parti républicain - est-ce tactique, est-ce pénurie d'idées, - la fraction radicale, s'est volontairement abstenue d'intervenir. .... Jaurès et Deville ont exposé la politique rurale du socialisme français qui est, au reste, celle du socialisme allemand, belge, italien et autrichien. Ceux qui ont affecté de s'étonner de certains développements oubliaient et ignoraient les délibérations des congrès ouvriers depuis r 880, les conclusions, entre autres, des congrès de Marseille et de Nantes. Les discours de nos orateurs peuvent se synthétiser en un court aperçu: l'évolution de l'agriculture vers la concentration des capitaux se poursuit comme celle de l'industrie, plus lentement, il est vrai; la terre s'est mobilisée et par suite les biens-fonds se groupent entre les mains d'une minorité de jour en jour plus restreinte. Les propriétaires qui dctenaient plus de quarante hectares étaient 138,000 en 1882, 142,000 en 1892. Le socialisme défend la petite propriété là où elle existe encore, partout ailleurs réclame la socialisation. Entre ces deux solutions, il n'y a pas contradi.:tion, car comme Deville l'a dit : « Nous ne pouvons réclamer la socialisation immédiate là où il n'y a pas centralisation ... Nous ne déterminons pas les faits, nous sommes déterminés par eux... le socialisme n'est qu'une résultante. » En somme, nous prévoyons un programme pour chacune des deux étapes que l'organisation agraire traverse, comme l'organisation industrielle et commerciale. Il est puéril de nous reprocher une violation de nos propres principes, quand nous tâchons de sauvegarder la petite propriété paysanne qui estfondée sur le travail et qui se dérobe au capitalisme. Au contraire, et en logique stricte, elle n'a pas de meilleurs champions que nous. Nous prétendons la protéger par diverses réformes que Jaurès a énumérées, entre autres la réduction du service militaire, la formation d'un outillage collectif; en même temps la fixation d'un salaire légal prémunira le journalier rural contre la rapacité des grands seigneurs terriens. De l'aveu des antisocialistes mêmes et, à en juger par l'importance qu'ils ont attachée au débat, les discours de Jaurès ~t de Deville ont imprimé une impulsion sans précédent à notre propagande dans les campagnes.

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