LA REVUE SOCIALISTE tarisme, subit une de ces crises de lassitude d'où peuvent jaillir les pires solutions. Que les Républicains veillent! Méline portera une lourde responsabilité devant l'histoire : cc n'est pas en Yain qu'on sabre les libertés conquises, qu'on entrave toute réforme, qu'on exploite un pays de 38 millions de citoyens au profit d'une caste oligarchique. Mais les fautes commises remontent également à tous les hommes qui ont passé au pouvoir depuis 1893, et qui tous, sauf les radicaux impuissants à réagir, ont tâché de reporter la République Yingt ans en arrière. En ces quarante-deux mois, on a vu trois ministères frapper les libertés essentielles, Casimir Perier toucher à la liberté de la presse (r), Ribot à la liberté syndicale (2), Méline à la liberté de pensée de l'Université (3), Le pays tout entier a été garrotté dans l'exercice de la première des libertés d'un peuple libre : il n'a plus la direction de sa politique cxtcrieure. De même qu'une formule, le péril social, a dominé la gestion de nos affaires au dedans, une autre formule, non moins vaine, non moins creuse, les devoirs de l'Alliance, a déterminé notre attitude au dehors. Toute faculté de décision nous est désormais refusée. La nation française est aussi ignorante de son lendemain qu'au temps de Richelieu ou de Napoléon. Un ministre sans contrôle conduit arbitrairement nos destinées. Il a déserté le passé révolutionnaire, souillé notre histoire, avili notre action. Apres avoir commis la pompeuse et lâche abdication de Kiel, il a consacré la violation du droit, il a rayé d'un trait de plume notre haute protestation contre les démembrements de 187r : il a, par son attitude en Orient, proclamé la nullité du plébiscite national. La France est derriére lui entrée dans on ne sait quelle louche Sainte-Alliance pour la compression des peuples insurgés au nom même de nos traditionnels principes. La politique extérieure de la troisiéme République est tombée au-dessous de celle de Louis XVIII et de Louis-Philippe. Oui, si l'on ne considère que les partis acharnés à la poursuite du pouvoir immédiat, l'heure est sombre et décourageante. Le radicalisme, désemparé par sa défaite, par sa volontaire humiliation, secoue en vain ses tronçons dispersés en face de la coalition opportuno-cléricale. Ses jours sont passés : quelque animé qu'il soit contre l'Église et les congrégations, il n'aura plus l'honneur de leur porter l'atteinte mortelle et de sauver la pensée libre. Il n'a pas su profiter d.u moment unique où, brisant le Sénat, la réaction et faisant craquer sous l'effort tout 1e vieux régime politique et social, il eût pu se transform·er, se compléter (1) Loi dite loi anarchiste. (2) Projet Trarieux, interdisant aux ouvriers des chemins de fer de se syndiquer. (3) Dissolution de l'association des répétiteurs. /
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