UNE LÉGISLATURE réfugierait dans l'ombre des sacristies. Toute force sociale <leconservation, tout parti de résistance qui se cramponne au passé, doit recourir aux bons offices de l'Église : elle est la plus grande puissance de stagnation et de régression qui ait jamais ·existé. Le pape Léon XIII a mis son clergé en branle : la République a été baptisée; le Vatican l'a bénie avec la même conviction, la même chaleur qu'il mettait jadis a oindre nos rois, ces fils aînés du SaintSiège. En échange, le Vieillard Blanc a demandé l'obéissance, non point l'humiliation officielle, ostensible, cela ne serait pas politique, mais la soumission tacite et la lente désorganisation de la laïcité. Il a eu l'une et l'autre : nous sommes redescendus insensiblement vers l'ordre moral : des prêtres ont pu en chaire, dans des monuments qui ne sont point a eux, parfois devant des ministres de la République, jeter a la face du peuple un Syllabus revu et augmenté. Qui a oublié les scandales de Reims? Qui ne se souvient du sermon du Père Olivier à Notre-Dame? L'agriculture, la grande propriété terrienne, est le troisième terme de la trilogie méliniste. On lui a tout promis, tout donné; ses intérêts ont été proclamés sacrés, supérieurs à tous autres. Sûr d'avoir avec lui les riches agrariens, Méline a voulu aussi gagner les humbles : il leur a dénoncé notre doctrine en l'altérant bassement; il a tenté de leur imposer cette conviction que seuls les artisans des villes ont conquis nos sympathies et que les journaliers ruraux nous sont indifférents. Dans son discours de Soissons, le 18 juin 189.6, le président du conseil a avoué cette tactique : cc Les socialistes, s'est-il écrié, veulent constituer les ouvriers urbains a l'état de classe privilégiée, en leur assurant des avantages exceptionnels. » Comme si le prolétariat n'était pas un, comµie si le travailleur des. villes pouvait obtenir la moindre amélioration de son sort sans le concours du travailleur des campagnes, comme si le socialisme pouvait triompher contre les voeux d'une moitié de la France! Heureusement le paysan ne s'est pas laissé prendre aux pièges de Méline; il a vu clair; il s'est dit qu'il ne pouvait rester aux côtés du grand propriétaire qui l'exploite et le dévore, qu'au fond ses intérêts étaient solidaires de ceux de tous les opprimés, de tous les déshérités, et que sa place n'était point parmi les conservateurs des iniquités sociales. Grâce à ses sophismes, au dévouement de sa majorité, a la puissance de compression morale des classes dirigean.tes, Méline s'est perpétué au pouvoir, Le régime qu'il a entretenu est un orléanisme vague, hypocrite, traversé à intervalles de 'menaces confuses de dictature militaire. Dans l'affaissement de l'esprit public, dégradé par le spectacle de tant de corruptions, de compromis, de trahisons, le cabinet a préparé le lit d'un César. La France, démoralisée par les hontes du parlemen-
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