La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

UNE LÉGISLATURE Cette double assertion explique l'allure de la politique française pendant les quarante-deux mois écoulés, de Charles Dupuy et de Casimir Périer à Méline. * * * Quand, au lendemain de la consultation générale dernière, les républicains non socialistes, modérés et radicaux, calculèrent leurs forces respectives, deux systèmes politiques différents solliciterent leur choix : la méthode de la concentration d'une part, celle du cabinet homogène de l'autre. Tour à tour les deux tactiques ont été éprouvées : on a vu d'abord les modérés gouverner seuls, avec l'appui des ralliés, contre les radicaux et les socialistes, - puis la concentration triompher une fois de plus, - puis le radicalisme tenter un essai timide d'un gouvernement d'où l'opportunisme pur serait exclu; - puis enfin, dans la banqueroute du radicalisme, revenir la combinaison des hommes du centre gauche, aveuglément soutenus par la faction des cléricaux, ralliés ou non. En somme, la pensée maîtresse des ministères qui se sont succédé, et nous ne saurions mettre à part le ministère Bourgeois, a été la défense de la société moderne contre le socialisme. La division de la Chambre en deux fractions bien tranchées, et aux formes presque arrêtées depuis l'avènement de Méline, ne saurait nous donner le change : les radit:aux, nous parlons beaucoup plus des chefs que des masses électorales, nous ont combattus avec autant de passion que les opportunistes. Qu'on prenne, pour s'édifier, les dis- ·COursdes présidents du conseil, des ministres, des chefs de groupe à travers les vicissitudes de la législature, on verra que le socialisme a été le point de mire de toutes les attaques. Aux deux extrémités de la période que nous retraçons, dans la déclaration de Casimir Périer à la Chambre, le 4 décembre 1893, et dans le discours de Cavaignac à Aurillac, le I 3 février 1898,, nous retrouvons la même idée directrice, on -ajouterait, sans crainte d'erreur, la même expression : la condamnation flétrissante de notre doctrine pour atteinte aux principes de 89. C'est là le thème· hypocrite et faux qu'ont développé, avec des chances oratoires et une virtuosité variables, les Charles Dupuy et les Waldeck-Rousseau, les Bourgeois et les Ribot et les ·Poincaré : c'est l'air connu qui chante toujours aux oreilles des .auditoires, comme ces motifs conducteurs ,de la musique moderne. Qu'on le remarque bien, pour éviter toute confusion, le cabinet radical du 1er novembre 1895' se croyait obligé de dénoncer, dans un ·paragraphe spécial de son discours programme, les « adversaires de la propriét'é individuelle ». Le socialisme a, eu cette vertu de réunir en une commune appréhension

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