300 LA REVUE SOCIALISTE éloquents, sans doute, mais qui ne sentaient point derricrc eux l'appui d'un groupe nombreux. En 1893, il conquit soudain 59 sièges et enleva un total de suffrages que nos adversaires les plus acharnés restreignent a 500,000, mais qui atteignit bien 800,000. Constitué en parti d'assaut, cohérent, discipliné, il devait jouer un rôle enorme. Il prenait bien soin de déclarer que le parlementarisme n'était qu'une de ses voies, qu'il ne désertait point les autres, qu'il n'entendait point, en particulier, renoncer au mouvement corporatif, si fécond en résultats pratiques. Mais nul ne contestera que les débats de la tribune n'aient donné a son action une ampleur sans préccdents. Du Palais-Bourbon, la doctrine s'est répandue sur le pays tout entier; la lutte, au lieu de se confiner dans les agglomérations locales et de se ralentir ou de s'arrêter par intervalles, a été sans relâche générale, ardente, retentissante. Le ]011rnal officiel, les feuilles conservatrices de toute opinion, du Te111ps au Matin et au Soleil, sont allées, par leurs comptes rendus, verser sur tout le territoire la pensée socialiste, les promesses socialistes. Inconsciemment, involontairement, nos adversaires sont devenus nos auxiliaires les plus efficaces. Grâce a eux le paysan Breton et le montagnard de Savoie, que notre propagande n'avait jamais visités, ont conrrn nos revendications, notre programme, trouvant souvent dans nos déclarations l'expression même de leurs vœux encore confus. Ainsi, le régime parlementaire, quelques critiques qu'il suggére, a étc, en réalité, et par sa publicité même, l'un des instruments les mieux trempés de la diffusion de nos idées. Cette propagande a terrorisé les partis rétrogrades. Qu'ils se rangent parmi les soi-qisant « progressistes » du Palais-Bourbon, ou parmi les escadrons des chevau-lcgers de réaction que commandent les de Mun et les Mackau, les orateurs antisocialistes considèrent notre parti comme une force redoutable. L'aveu est précieux a retenir. On est 'loin de ce débat du 21 novembre 1893, où Jaurès, interpellant le cabinet, un homme du centre lança cette exclamation : « Qu'est-ce donc que le socialisme? » Aujourd'hui, plus de député, même parmi les féodaux les plus fleurdelysés, qui ignore nos déductions. Les grandes discussions doctrinales où Guesde, Deville, Jaurès, d'autres encore se sont signalés, les joutes oratoires qui se sont engagées sur le travail dans les fabriques, sur la municipalisation de certains services, sur la crise agricole, ont été pleines d'enseignements. Le cours continu, officiel et public de socialisme, ouvert au Palais-Bourbon, durant ces quatre années, a donné toute la mesure de notre rayonnement. L'invasion de nos amis a la Chambre, en 1893, est le grand fait qui domine la législature. Comme l'ont écrit à maintes reprises les publicistes de l'opportunisme, le rôle de notre parti a été écrasant.
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