La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA FAMILLEIDfALE 297 ou les philosophes n'ont guére voix au chapitre. Mais l'homme collectif de demain, maître de son domaine par la connaissance des choses et de soi, réglera et disciplinera les moyens de satisfaire sa faim. Qu'il apprenne de même à connaitre ses sentiments, à démêler leurs causes et les conditions dans lesquelles ils se manifestent, et, vainqueur de l'amour, il fera de ce tyran plus souvent tourmenteur que bienfaisant la pure joie des sexes enfin réconciliés. La croissante émancipation personnelle de la femme ne laisse plus seulement à l'homme le droit et la possibilité de préférence et de choix. La passive femelle que le mâle enlevait ou achetait, sous les yeux indifférents de laquelle deux mâles se disputaient sa possession les armes à la main, cette femelle-là devient chaque jour davantage la femme qui discute et conditionne le don de sa personne. Dire qu'elle choisit, qu'elle a preféré serait trop dire; la femme n'est pas encore parvenue à ce degré d'indépendance que seules de plus équitables conditions économiques et sociales peuvent lui assurer. Dire que, dans le cas ou son choix est d'accord avec sa préférence, ce choix est conforme aux véritables conditions de son bonheur, tout au moins de sa liberté et de sa sécurité, comment le pourrait-on puisque l'homme n'en est pas encore .venu, pour la plupart des cas, à réaliser ces conditions, même quand son égoïsme ou son inclairvoyance peut s'accommoder de ce qù'elles ne sont pas assurées à sa conjoin~? La liberté de l'amour n'existera donc réellement pour les deux sexes que lorsqu'ils pourront et sauront également choisir et déterminer les raisons de leur choix. Il ne suffira pas encore que les sexes trouvent le bonheur personnel dans leur union si la société n'y reçoit pas les garanties de sécurité . et de durée qu'elle rencontra dans la famille jusqu'au moment où !!individualisme social et économique eut développé l'individualisme moral. Avoir des enfants peut être un des buts de la famille constituée à l'état d'unité économique et sociale, les enfants étant alors le moyen de cons·erver à ce groupe humain sa force et son autonomie. La famille de l'avenir, si elle se réduit au couple d'élection uni seulement par les liens de l'affection mutuelle, pourrait trés bien développer cet égoïsme à deux qu'est trop souvent l'amour. Indifférents aux destinées de l'e_spéce et ne songeant qu'à leur satisfaction réciproque, le.splus parfaits amants deviendraient alors les plus mauvais citoyens; c'est à leur perfection même que serait due à bréve échéance la régression sociale qui ne tarderait pas de suivre un mouvement de dépopulation de quelque étendue et de quelque durée, et cette régression générale aurait pour conséquence inévitable d'altérer les rapports affectifs et de leur "faire parcourir en sens inverse le chemin que nous _leur voyons suivre depuis que l'homme a commencé de se civiliser. On conçoit

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