LA REVUE SOCIALISTE bien qu'il serait absurde autant qu'inutile de compter sur les effets d'une prédication sociale pour remédier à la dépopulation, si les amants parfaits qui composeront le couple futur ctaient calqués sur le modéle <les amants réputés parfaits dont l'union est d'autant plus compléte qu'elle réalise plus étroitement l'égoïsme à deux. Par ce côté, il est donc bien clair que l'union des sexes continuera d'avoir un caractcre social et qu'en conséquence il y a lieu de prévoir dés à présent si les modifications de la forme familiale donneront à la fois satisfaction aux individus et à l'espéce, et comment l'humanité pourra passer du régime déréglé et inconscient de reproduction de l'espcce à un régime organique qui assure sa durce sans attenter à la liberté de quiconque. Une question se lie étroitement à celle de la reproduction de l'espéce,, et qu'une fausse autant que dangereuse pudeur nous empêcherait seule d'aborder pour en tenter la solution. En cessant <l'être la passive femelle qu'au regard de la morale chrétienne la femme doit être encore dans le rapprochement amoureux, il advient trop souvent aujourd'hui qu'en même temps qu'elle devient la femelle inféconde elle peut, séduite par l'attrait du plaisir, emprunter à l'homme son inconstance et transformer sa liberté en libertinage. En somme, jusqu'à présent et grâce à son tempérament influencé par une hérédité cinquante fois séculaire, la femme goûte moins le plaisir physique de l'amour que l'homme. On ne peut prétendre qu'il en sera toujours ainsi et que, sous de nouvelles influences d'éducation et de mœurs, cet écart entre l'aptitude voluptueuse des sexes ne finira pas par diminuer considérablement, sinon par disparaître tout à fait. Par sa préoccupation plus constante des choses de l'amour, la femme a imposé à l'homme les ornements esthétiques et moraux qui ont véritablement fait de l'amour un sentiment qui ne se limite plus au brutal rapprochement physique des sexes. Cette précieuse acquisition qui est la fleur de la vie de relation, fleur trop souvent empoisonnée de mensonge et de duplicité en un temps où l'amour n'est qu'une affaire de pain quotidien, ou la satisfaction d'une vanité, ou le résultat d'un désir purement physique, l'humanité future doit la cultiver précieusement, l'embellir, l'enrichir et la multiplier, et il est certain qu'elle se flétrirait vite si le libertinage amoureux se subtituait à la noble et chaste liberté de ceux qui ne s'unissent pas seulement en vue de la délicieuse minute physiologique, mais entendent mettre en commun pour les doubler toutes les joies et pour les amoindrir toutes les douleurs que leur réserve la vie. EUGÈNE FOURNIÈRE. (A suivre.)
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