LA REVUE SOCIALISTE d'abord sous le sens que le secret des résignés réside plus que fréquemment dans la satisfaction plus ou moins clandestine de leurs instincts de polygamie et qu'ainsi cette explication d'apparence contradictoire accuse son insuffisance par son apparente contradiction. Ensuite, cette résignation entretenue par l'inconstance clandestine des conjoints n'est pas l'état définitif et idéal de l'union des sexes, mais une caractéristique de la contradiction qui existe encore entre nos mœurs générales et nos sentiments personnels. Il est donc permis d'entrevoir, en en déterminant les conditions d'ordre divers, un état d'accord et de sincérité dans la famille désormais dégagée des liens d'habitude, d'intérêt et de crainte qui firent jadis sa force et font aujourd'hui sa faiblesse. Cet accord et cette sincérité, seul l'amour les peut ctablir. Il faut donc examiner ce sentiment non avec de superstitieux enthousiasmes ou de non moins superstitieuses terreurs, mais dans un esprit dégagé de tout préjugé. Dans son origine comme dans sa manifestation réelle, l'amour est un instinct, purement physique, comme tous les instincts. Les primitifs, plus près de la nature que les civilisés, aiment comme ils mangent, sans choix, sans discernement, et tout objet leur est bon pour assouvir leur besoin. Ils mettent dans cet acte naturel une sincérité qui révolte encore plus notre hypocrisie que notre pudeur, puisque, malgré les dizaines de siècles qui séparent leur inculture de notre civilisation et ont jeté sur l'acte essentiel de l'amour les voiles et· les parures qui ne l'idéalisent véritablement que dans les cœurs d'élite, d'une part les plus grands clercs en la matière traitent l'amour comme un mystère indéchiffrable et d'autre part ces voiles et parures ne sont généralement la que pour masquer l'insincérité de notre amour et la brutalité de notre désir. Il est temps d'en finir avec cette légende littéraire de l'arnour-mystcre. Comme tous les phénomènes, ce besoin qui s'exprime par un sentiment obéit a des lois, ce sentiment est soumis a des conditions intérieures et extérieures, physiologiques, psychologiq Iles et sociales, d'hérédité et de milieu; ces lois et les conditions qui les mettent en jeu sont du domaine de l'observation humaine. Étudionsles, et, de même que nous sommes sortis du fatalisme économique par l'abandon des anciennes conceptions métaphysiques de la propriété et de la production, nous sortirons du mysticisme mensonger qui succéda aux grossièretés réalistes du viol primitif et nous disciplinerons pour le bonheur de l'humanité un sentiment qui fut et est encore le plus puissant agent de notre évolution esthétique mais fait chèrement payer ce service. « L'amour qui perdit Troie», cet amour • vainqueur et tout-puissant, cet amour frère de la mort et maître des dieux est une fort belle image de la force de ce sentiment essentiel, et • en un sens elle est juste. Avec la faim il gouverne encore un monde
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