La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA FAMILLE IDÉALE 295 Mais qu'importent ces infériorités ! Bien loin d'être un argument en faveur d'un retour, d'ailleurs impossible, à la vie familiale d'autrefois, elle doivent être invoquées en faveur d'une émancipation plus générale et plus compléte de la femme. C'est par la liberté qu'elle acquerra les mœurs de la liberté et perdra celles de la servitude. Que si elle ne peut encore acquérir ·par son propre effort les moyens de défense et de développement nécessaires à sa liberté et à sa sécurité, la loi doit intervenir et la protéger efficacement contre ceux qui veulent retourner sa faiblesse contre elle tout en l'utilisant à leur profit. La protection que la femme ne trouve plus dans la famille, la société doit la lui assurer. Dans ce sens, la voie est ouverte : déjà sa santé est protégée légalement contre les trop longues journées <le travail, la propriété de son salaire lui est reconnue, même si elle est en puissance de mari. Ceux qui veulent sincèrement mettre la moitié de l'humanité a11plan d'évolution mentale, morale et sociale de l'autre moitié, n'ont qu'à suivre cette voie sûre. Elle conduit à la paix et à l'harmonie entre tous les membres de la famille humaine enfin réconciliés et solidarisés pour travailler ensemble i de nouvelles conquêtes de la liberté sur la fatalité, de l'humanité sur l'animalité. IV CONDITIONS INDIVIDUELLES ET SOCIALES DE LA LIBERTÉ SEXUELLE Il semble que s'il ne s'agissait que de fonder désormais sur l'amour les groupes familiaux formés jusqu'ici et retenus par des moyens parmi lesquels l'amour n'était pas le principal, il n'y aurait qu'à laisser faire à notre temps. Jamais, en effet, depuis les origines de la civilisation, tout au moins pour ceux qui ne possédent rien, les unions n'ont paru être laissées davantage à la libre volonté des contractants. En réalité, la liberté n'a rien à voir dans la plupart de ces unions, et la meilleure preuve à en fournir est celle-ci : l'amour étant un sentiment qui se manifeste par préférence d'une personne sur d'autres, si vraiment celui qui l'éprouve était le maître des conditions de sa préférence, il y aurait, outre la réciprocité de ce sentiment de la part de qui l'inspire et dans cette réciprocité même, une garantie de durée qui ne se trouve pas dans la plupart des affections sexuelles. Il ne suffit pas ici d'invoquer la polygamie persistante de l'homme pour expliquer son inconstance; il ne suffit pas davantage de montrer que, mal assortis ou non, la plupart des ménages font de nécessité vertu et se résignent à vivre en se passant de ce qui est l'essentiel dans l'union de l'homme et de la femme, c'est-à,dire l'amour. Il tombe \ .

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