294 LA REVUE SOCIALISTE ment inapte au~ conceptions d'ensemble ; ce n'est pas la vie restreinte du foyer à laquelle l'a pliée une hérédité sexuelle de plusieurs milliers d'années, qui a pu élargir son horizon. Elle ignore ou méconnaît les nuances et les teintes de la pensée, et quand elle sort de l'inertie rétrograde des passifs qui subirent de longs siècles de servitude, c'est pour adopter des opinions extrêmes avec l'ardeur d'une foi irraisonnée; il est fatal qu'il en soit ainsi, puisque rien dans sa vie mentale ne l'a jusqu'à présent initiée aux relations de cause à effet et qu'elle n'est sortie de l'existence végétative où l'homme tente encore de la confiner que par la méditation religieuse ou la rêverie amoureuse; par conséquent simpliste et d'esprit habitué au miracle, si elle sort du cercle séculaire où on l'enferma, elle ira nécessairement droit à l'extrême opposé des actes et des pensées qui ont jusque là constitué sa vie morale et mentale. Elle n'a pas la notion de la justice et attend tout de la grice, de la faveur; ceux qui ont occupé des fonctions publiques ou administratives ne peuvent contester la vérité de cette affirmation; mais on ne peut prétendre que, dans le combat pour l'existence, elle lutte a armes égales contre ses concurrents masculins qui ont pour eux, outre les préjugés courants, une formidable avance et savent au besoin se solidariser pour empêcher leurs concurrentes de gagner leur pain ; et si elle fait de son sexe une arme ou, plus fréquemment, invoque sa faiblesse et son isolement comme des titres à l'attention et à la bienveillance de ceux qui peuvent assurer ou améliorer sa situation matérielle, c'est au milieu social basé sur le mercantilisme et non a elle qu'il faut en adresser le reproche. Elle a moins de répugnance que l'homme pour fe mensonge et la tromperie; ce reproche est aussi fondé que les précédents, mais il ne faut pas oublier que ces misérables armes font partie de l'arsenal défensif des faibles et des opprimés, et nous verrons plus loin qu'en cette matière, sur le terrain des relations sexuelles l'homme ne le lui céde en rien. Elle ne peut sortir de la famille et s'affranchir de ses étroites règles morales sans tomber du coup dans le dévergondage; pour la part fondée de ce reproche, nous avons vu plus haut quelles déplorables conditions sont faites dans la société aux isolées contraintes à vivre de salaire, et l'iniquité du reproche, pour la majeure partie de ces isolées, est véritablement criante; mais il est faux que la femme sortie de la morale traditionnelle tombe fatament dans l'immoralité du dévergondage et on peut dire que si la femme, bien plus souvent que l'homme, demande à la loi de rompre les liens d'une union légitime où elle n'a trouvé que des chagrins et des dégoûts, dans les ménages libres l'inverse se produit et c'est l'homme qui rompt le lien le plus fréquemment sans qu'il ait à invoquer pour ce divorce extra-légal des raisons aussi légitimes que celles qui poussent la femme à recourir au divorce légal institué par la loi.
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