288 LA REVUE SOCIALISTE concilier ensemble un irrésistible courant humain vers la liberté personnelle et un non moins nécessaire et non moins général besoin de sécurité. Si la famille ne lui apparaît plus comme le moyen qui doit satisfaire à la fois le besoin de sécurité et l'aspiration à la liberté, il doit chercher ailleurs. III CARACTÈRES RÉGRESSIFS ET PROGRESSIFS DE L'INDIVIDUALISME MORAL Il est incontestable que les caractères moraux apparents de la période où nous sommes sont fort différents de ceux qui se manifestaient à l'époque où la famille était fortement organisée. Mais n'y a-t-il pas, dans l'indéniable démoralisation de notre temps, une sincérité qu'on chercherait vainement chez nos aïeux? Voilà ce qu'il faut examiner de prés en écartant tout d'abord la question <le la criminalité, non pour alléger ou abréger la tâche ni pour esquiver une difficulté, mais parce qu'en réalité si les crimes contre les choses ont augmenté dans une proportion qui alarme les moralistes autant qu'elle réjouit ceux qui se destinent à la magistrature ou à..la gendarmerie, les crimes contre les personnes, beaucoup plus graves, accusent une diminution qui prouve l'adoucissement des mœurs générales. Que la propriété, ou tout au moins les avantages qu'elle procure, devienne davantage la récompense de l'effort accompli, et l'on verra diminuer rapidement le nombre des attentats à la propriété. Que la forêt des lois propriétaires cesse d'être l'abri où peuvent s'embusquer les pirates de la propriété pour dépouiller au grand jour les prolétaires des fruits de leur travail, et parmi ceux-ci cesseront de se recruter les gens qui prenrient contre la propriété meurtrière des revanches d'ailleurs durement expiées. Cependant, si les mœurs générales se sont adoucies, n'est-ce point parce qu'elles se sont corrompues? Certes, nul ne peut nier cette corruption générale des mœurs, mais il reste à savoir si elle est un mal permanent et irrémédiable, ou si elle est le signe d'une transformation morale nécessitée par de nouvelles conditions sociales. • Toute infraction aux mœurs générales est un acte de révolte actompli par l'individu pour donnér un libre cours à ses sentiments et un libre exercice à ses facultés. En l'accomplissant, il ne s'inquiète nullement des conséquences sur l'ordre général et n'a en vue que de se satisfaire personnellement. Il accomplit donc essentiellement un acte d'individualisme moral. Depuis les plus primitives origines de [',humanité, il n'est· pas un homme qui ne se soit rendu coupable au moins une fois d'une telle infraction. Mais, si tous furent coupables, tous ne furent pas découverts ou n'avouèrent pas hautement leur ré- •
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