La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

286 LA REVUE SOCIALISTE fraternité pourront-ils subsister entre les fils soumis, naturellement préférés par leurs païents, et les rebelles qui se sentiront frustrés par les effets. de cette préférence non seulement de leur part d'affection, mais encore de leur part de patrimoine, ce qui est bien plus sensible aux individualistes moraux que nous sommes! Même dans les familles où a survécu, pour une grande part, l'unité économique d'autrefois et où les femmes et les enfants tirent leur subsistance du travail du père ou l'aident dans ce travail, c'est avec regret et en faisant parfois les plus criminels efl:orts pour s'y soustraire que l'unité familiale assure leur subsistance a ceux qui ne peuvent plus rendre de services à la communauté. La tragédie du Roi Lear, souvenir de l'antique sacrifice des vieillards, encore pratiqué parmi les primitifs contemporains, se joue dans un plus grand nombre de familles que notre conscience effrayée n'ose se l'avouer. Ici, encore, la société a dû intervenir, quand les fils, besogneux eux-mêmes, ne peuvent remplir leur devoir et se substituer à eux ou les aider à le remplir. Mais, sous ce rapport, on sait combien est insuffisant et arbitraire le secours social transmis par les bureaux de bienfaisance. Les grandes entreprises capitalistes les mieux organisées et les caisses de retraites particulières viennent en appoint au secours social, mais, malgré de touchants dévouements filiaux, plus fréquents qu'on ne croit, surtout dans la classe ouvrière, malgré les hospices et les dépôts de mendicité, trop nombreux encore sont les vieillards qui attendent que la mort vienne leur épargner les tortures du froid et de la faim. On avouera que pour ceux-ci la mise. hors d,e la famille constitue une condition d'indépendance à laquelle ils eussent renoncé bien volontiers. • Cependant, le remède se trouve non ! côté du mal, mais dans le mal même, sinon pour ceux dont l'existence s'achève de la manière douloureuse qu'on sait, du moins pour ceux dont la vie est encore en fleur., En même temps que l'autorité du père sur ses enfants est diminuée en raison des devoirs dont la collectivité le décharge vis-à-vis d'eux, ces devoirs mêmes, assumés par la collectivité, sous la forme qu'ils revêtent dans nos grandes villes,. sont destinés a produire une profonde impression sur ces jeunes cervaux. Ces vêtements, ces chaussures, ces repas que l'enfant du prolétaire reçoit, non plus de son père, mais de la communauté, l'habituent à l'idée de réciprocité future vis-à-vis de la communauté, et il se sent pour une part importante le pupille de la cité. De plus, ce tuteur collectif se préoccupe de sa santé et de son hygiène, met à sa disposition des dispensaires et des piscines, des stations balnéaires et des colonies de vacances. L'enfant reçoit ainsi de la communauté des soins que sa famille n'eût pu lui donner. Ses jeux. mêmes sont organisés et dirigés, et ses maîtres tâchent d'y joindre le maniement des outils dont, parvenu à l'âge d'homme, il aura à se

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