La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA, FAMILLE iDEALE pauvres prétendent qu'elles pré(érent les vieillards 1aux jeunes gens; et les « faux » ménages de quelques mois ou les « vrais » menages de toujours - un « toujours » tempére par le divorce - seront le résultat de calculs et de mensonges triomphants. Cette critique n'est certes pas plus nouvelle que les maux qu'elle signale, mais il faut avouer qu'elle est singulièrement renforcée en un temps où l'individualisme moral est parvenu à son point culminant. L'individualisme moral servi par une culture supérieure n'a pas cependant que de mauvais côtés. l'antique soumission au chef de famille, l'habitude prise héréditairement de considérer ses moindres paroles comme des oracles étaient des obstacles presque insurmontables à tout progrès d'ensemble dans l'ordre moral aussi bien que dans l'ordre matériel. En vain dans la forte famille d'autrefois un fils eût-il tenté de décider son pére à renoncer à des procédés de culture irrationnels et onéreux. Il se fùt heurté aux préjugés, d'autant plus erronés qu'ils sont antiques, et par là même d'.autant plus respectables. La famille est véritablement, même en sa forme réduite actuelle, une mauvaise couveuse de progrés et d'innovations. Nombreux sont les péres qui s'enorgueillissent de la science acquise par leur fils, mais rares sont ceux qui profitent de cette science pou:· améliorer leurs procédés de travail, et leur routine, qu'ils appellent expérience, résiste victorieusement à toutes les tentatives du progrès. Il s'.ensuit, dans la famille, entre les vieux et les jeunes, un divorce d'idées par lequel s'affirme· davantage l'individualité de ceux-ci et nombre de fils, soumis et respectneux en apparence, attendent avec des révoltes intérieures le moment où ils seront libres. Où ce conflit apparait avec fréquence et parfois ,iVec violence, c'est dans le choix d'une profession, et beaucoup de jeunes gens que leur famille eût puissamment aidés dans la carrière de son choix doivent s'élancer à leurs risques et périls dans celle qu'ils ont prétendu choisir eux-mêmes. Seuls restent auprés du pére ceux qui par leur naturel soumis, leur caractère peu initiatif, sont disposés à accepter ses préjugés et suivre ses errements. Ceux-là lui succéderont et suivront le sillon ancestral, à peine impressionnés par les bruits du dehors, jusqu'à ce que la ruine v.ienne les surprendre, stupéfaits et· incompréhens~, au milieu de leurs outils d'un autre âge. Comme nous le verrons plus loin, l'amour, chez l'homme doué de réflexion, est une préférence basée sur des motifs que peut parvenir à démêler parfaitement en soi celui' qu'ils animent. Commént l'amour filial pourra-t-il donc subsister dans son intégrité, et même en des cas extrêmes ne point disparaître tout à fait, quand ceux qui en doivent être les objets ne sont plus tenus pour des conseillers éclairés et des guides sûrs, mais pour des tyrans qui veulent imposer leurs absurdes volontés à des êtres plus éclairés. qu'eux! Comment. les sentiments .de . \ .,.

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