280 LA REVUE SOCIALISTE par la création de professions distinctes, les opérations industrielles se divisent, le travailleur ne tarde pas de conquérir sa personnalité économique. Un potier, un tisserand habile dans son métier n'entend pas travailler pour son père, mais pour lui-même; son habileté étant l'élément principal du produit, il peut à peu de frais créer ou acquérir l'outillage grâce auquel il exercera son industrie. Il est à remarquer que s'il est ainsi permis à l'artisan de conquérir son indépendance économique, il n'en est pas de même pour le labotireur et le pasteur. Il y a assurément plus de sécurité pour celui-ci, assuré d'être toujours nourri par le sol. auquel il est attaché, mais moins de liberté. Cette différence suffit à éclaircir un point important de l'histoire économique et à donner la raison du peu de progrès réalisé dans les procédés agricoles au regard des merveilleuses transformations opérées par l'industrie. Mais déjà la famille agricole, en tant qu'unité économique, se dissocie. Ce n'est pas, comme on l'a prétendu, le partage égal qui est la cause de cette transformation. Il en est au contraire une manifestation. Les gens qui vivent de la culture du sol ne sont plus, comme autrefois, isolés du reste du monde. Mis en contact plus fréquent, sinon permanent, avec la population des villes, ils ont contracté des besoins nouveaux, que leur labeur ne satisfait plus directement. Tout cultiva- • teur est à la fois un travailleur et un marchand. Il n'a point tardé de s'apercevoir des a\'antages de la division du travail et, cessant de bâtir granges, hangars et maisons, de filer, de tisser et coudre le lin et la laine, de cuire son pain, il recourt au maçon, au tailleur et au boulan- , ger, consacrant son effort à l'unique production agricole. Le contact avec les travailleurs spécialisés, les visites les jours de marché aux villes qu'ils habitent, ont déterminé un grand nombre de jeunes agriculteurs à échanger la charrue contre l'outil afin de vivre de la vie, sinon plus large, du moins plus variée, des centres d'industrie. L'auteur de ces lignes est en rapports constants avec des paysans de di Yerses régions; partout il a constaté que l'immense majorité des jeunes gens, à ieur .retour du service militaire, aspirent à quitter le travail du sol pour celui de l'industrie. Cet effort coritinu vers une vie plus compléte est,• . quoi qu'on prétende et quels qu'en soient les inconvénients passagers, ·un signe de civilisation croissante qui aura sa répercussion heureuse sur l'évolution de l'industrie agricole : il faudra bien, en effet, que les machines cultivent le sol quand les ·bras se seront refusés à ce travail. C'est en vain qu'on ferait appel au sentiment de la famille pour décider ces jeunes gens à demeurer au foyer rural; ils seraient aussi insensibles aux prières de leur mére que sourds aux ordres de leur pére; ceux qui restent aux champs y restent de leur plein gré ou parce qu'ils n'ont pas .trouve d'emploi à la ville, et non pàrce que le chef de famille les y contraint. Car l'autorité .du père sur l'enfant, en régime industriel,
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