La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

, LA FAMILLE IDÉALE 279 antiques, où la famille s'étendait aux serviteurs et aux esclaves mêmes. La famille antique était véritablement une unité sociale, dans tous les sens du mot. La famille, en notre temps, devient de plus en pltis une expression morale, et l'individu est l'unité sociale réelle. Le chef de famille ne se reconnaît de droits sur ses enfants et de devoirs envers eux que jusqu'au moment où ils peuvent vivre sans ·aide ni contrainte. Prétend-il retarder ce moment? La loi intervient, qui, à un âge déterminé, donne à l'enfant devenu majeur son autonomie et le détache des liens familiaux-, ne lui laissant plus qu'un devoir et un droit vis-à-vis de ses ascendants : le devoir de les nourrir, s;ils sont pauvres et âgés; le droit de recueillir leur héritage, s'ils possédaient quelque chose. De tout temps, la propriété a été le lien réel de la famille, et l'on conçoit qu'aux époques où elle était la Yéritable unité économique dont le chef, le père, était en même temps le patron, les familles les plus nombreuses étaient en même temps les plus florissantes, puisq·ue chaque enfant, dès qu'il pouvait marcher, était utilisé aux travaux de la communauté. Aujourd'hui, au contraire, la venue d'un enfant supplémentaire est une gêne pour les ménages réduits qui vivent de la petite propriété ou du salaire. On ne peut contester que l'indivision de la proprièté familiale par l'application du droit d'aînesse fut, surtout dans les domaines ruraux, un puissant excitant de peuplement; mais il faut reconnaître aussi qu'en décrétant le partage égal, la Révolution donna à tous les membres de la famille une personnalité qui jusque-là s'était absorbée dans celle du chef. D'ailleurs, en cela comme dans beaucoup d'autres choses, la Révolution ne fit qut; sanctionner un usage que la pression des faits avait déjà généralisé; sauf dans quelques cantons, le patriarcat absolu fut toujours inconnu en France, où le droit germanique et le droit romain avaient institué dès l'origine la monogamie et l'apport de la dot, par lesquels la femme obtenait un embryon de personnalité civile et économique, qui ne devait se développer que bien lentement au cours des siècles, mais suffisait toutefois à empêcher la famille de revenir au régime du patriarcat 11bsolu. A mesure que, s'agglomérant en cités, les familles cessèrent d'isoler leurs membres dans le cercle étroit où chacun d'eux était forcé de se mouvoir, les attributions du chef de famille diminuèrent. Tout d'abord l'unité politique de la famille se fondit dans celle de la cité et nous avons vu qu'Athènes donna droit de citoyen à quiconque était en état de porter les armes, pourvu qu'il fût de famille libre. Certes, l'unité écono'mique de la famille devait, à cette époque, tout au moins dans cette~cité, avoir déjà reçu de sérieuses atteintes. Ce peuple industrieux pratiqua en effet de très bonne heure la division 'sociale du travail, l'agriculture n'étant pas sa principale occupation. Or, dès que,

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