La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE générale contre le socialisme et ses theories sur l'union libre des sexes, l'éducation en commun des enfants et la suppression du droit d'héritage. Il nous faut cependant ouvrir les yeux sur les réalités et nous rendre compte que si une contradiction se manifeste entre les faits e(les sentiments que nous exprimons sur eux, la faute n'en peut être à eux, puisqu'ils sont le résultat de circonstances sur lesquelles nous n'avons eu jusqu'à présent qu'une action insignifiante. Eût-on même la pensée que les faits ont tort, il n'en démeure pas moins qu'on ne pourra agir sur eux et les redresser selon ses sentiments que si on se donne la peine de les connaître dans leur état actuel et leurs origines et dans leurs relations réciproques. Ici, les raisonnements ne suffisent pas, ils peuvent même devenir nuisibles s'ils ne partent du réel, observé et fixé scientifiquement. Niç;r les faits ou leur attribuer arbitrairement une origine qu'ils n'ont pas, c'est se mettre dans l'impossibilité d'avoir aucune action sur eux. C'est faire de l'idéalisme à rebours, comme on en a fait jusqu'à ce jour, sans aucun profit pour la politique et pour la morale. Trop longtemps nous avons séparé notre cerveau de nos sens et conçu le monde comme une création de notre esprit. Nous avons cru ainsi faire emploi de notre liberté de penser; nous étions en réalité les esclaves de notre ignorance. Rappelons-nous une fois de plus que notre liberté d'agir, c'est-à-dire notre pouvoir de détermination sur nous-mêmes et sur les choses, est conditionnée par l'affranchissement de notre pensée, c'est-à;dire par la connaissance des réalités sensibles. Le sentiment de la famille, tel que nous l'affirmons encore en paroles, n'est en somme qu'une pâle impression reflexe, quasi-effacée, de la forte organisation familiale des temps écoulés. Pour le plus grand nombre, il s'arrête à la parenté du premier degré; quant aux autres degrés, ce n'est pas la voix du sang qui parle pour régler leurs accords, mais le code civil pour apaiser leurs conflits, que d'ailleurs il fait naître; car, trop souvent, c'est la loi qui crée le délit. En réalité, la famille moderne se compose des ascendants et descendants directs, et, si ascendants et descendants sont généralement attachés par de solides liens d'affection et d'intérêt, on ne peut dire que ces liens engagent même les descendants entre eux. Dès qu'ils sont sortis du nid familial, les enfants deviennent économiquement indépendants les uns des autres, et, sauf exceptions, suivent leurs destinées parallèles, ici de fortune et de joie, là de détresse et de douleur, sans jamais les mêler. Si bien que, pour la majorité d'entre nous, avoir le sentiment de la famille signifie simplement aimer ses père et mère et ses enfants. On avouera qu'un sentiment qui se porte sur un nombre d'objets aussi limité inspirerait une singulière pitié à un revenant des clans

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