LA FAMILLE IDfALE 277 LA FAMILLE IDÉALE I L'INDIVIDU DANS LA FAMILLE Si l'on veut se donner à peu de frais une réputation de moraliste, on n'a qu'à déplorer la disparition du sentiment de la famille. Une sorte de défaveur publique s'attache à ceux qui passent pour être dénués de ce sentiment et, ordinairement, rares sont les cyniques ou les audacieux qui avouent ce défaut. C'est peut-être sur ce point que nous sommes demeurés le plus résolument conservateurs, tout au moins en paroles; car nos actes se sont forcément modelés sur les phénoménes moraux et sociaux que manifesta l'évolution des faits, et nul ne peut prétendre que la forme familiale de ce temps ressemble à celle où vécurent nos aïeux du siecle précédent. Cette contradiction entre les actes et les paroles n'est pas hypocrisie, mais incapacité, pour la plupart d'entre nous, d'accorder ensemble notre maniere d'agir et notre maniere de penser. Dominés par les phénoménes de milieu, nos gestes s'accomplissent mécaniquement, dans le sens de l'instinct qui s'accommode de toutes les situations et exige d'elles, et au besoin malgré elles, ses satisfactions. Dominées par les phénomenes d'hérédité, nos paroles répetent non moins mécaniquement depuis des siecles des sentences qui furent l'expression de phenomenes disparus aujourd'hui. D'autant plus que les principes généraux, les lois.morales ne sont point l'ordinaire préoccupation de la masse. Si, pour une minorité d'élite, l'idée devance le fait futur et concourt à le réaliser, il en va tout au contraire pour la majorité, dont la vie cérébrale est faite, pourrait-on dire, de pensées reflexes. D'autre part, et ceci témoigne un souci constant de moralité, nul ne veut assumer la responsabilité d'être dénaturé au point de n'avoir pas même conservé le plus primitif et le plus naturel des sentiments humains. Aussi est-ce là un des griefs que l'esprit conservateur invoque avec le plus de succes aupres de l'ignorance
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