La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

270 LA REVUE SOCIALISTE Christof Furness, membre de la fédération des patrons mécaniciens, dont les ouvriers dans le moment même étaient jetés sur le pavé. Les ouvriers mécaniciens ne le combattirent pas, parce que c'était un libéral; plusieurs d'entre eux même le déchargerent positivement de tout blâme et agirent en sa faveur. On voit à l'heure qu'il est le même Furness lancer des annonces où il demande des contremaîtres non unionistes. Le candidat libéral fut défait, il est vrai, mais par une tres faible majorité, et sans qu'une bonne attitude de la part des ouvriers mécaniciens y fut pour rien. En vérité il faut croire que l'électeur anglais est hypnotisé par les libéraux capitalistes. Je ne vois pas d'autre explication. Car enfin le courage du véritable Anglais n'est pas douteux pour qui le connaît. Sans doute !'Anglais n'est pas supérieur aux autres peuples; il a pourtant une vaillance de boule-dogue qui est bien à lui. Et malgré cela, en matière politique, nous avons été si completement esclaves de la classe capitaliste qu'elle a conquis et garde encore sur nous une sorte de suprématie politique et sociale. L'absurdité de la position prise par les travailleurs anglais est mise en pleine lumière par la besogne confiée à la commission parlementaire du congrès des Trade-Unions. A chaque congres annuel des Trade-Unions, certaines résolutions sont mises en avant en faveur de l'action législative dans l'intérêt des travailleurs. Un comité est élu, au congres et parmi les membres du congres : il doit veiller à ce que ces résolutions soient portées par des députations devant les ministres et les membres du Parlement. Or, le curieux, c'est qu'aucune initiative n'est prise pour faire une chose plus simple: envoyer au Parlement des députés ouvriers qui auraient vraiment le cœur à la besogne; au contraire, en temps d'élection, l'ouvrier vote dél_ibérément pour le capitaliste; puis, l'élection faite, on dépense des sommes considérables pour envoyer une députation de travailleurs qui fera l'antichambre à la porte d'une commission de parlementaires ploutocrates : par pitié, soyez assez bons pour vous imposer un effort et donner une légère attention à telle mesure démocratique! En trois occasions successives, j'ai été candidat parlementaire, et chaque fois dans des circonscriptions de classe ouvriere nettement caractérisée . . En 1895, j'étais candidat socialiste à Colnc Valley, Yorkshire, district de filatures de coton et de draperies. Le député sortant était sir James Kitson Bart, un employeur d'une usine de machines à Leeds; son attitude envers le trade-unionisme n'était rien moins qu'amicale. Un candidat tory se présentait aussi. Le résultat fut la réélection du ploutocrate libéral. Le trade-unioniste socialiste, c'était moi, resta tout au bas de la liste. '

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