La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA GRÈVE DES MÉCANICIENS ployeurs n'auraie1_1t pas gagné la bataille. Au lieu de durer sept mois, tout porte à croire que la lutte aurait dure sept semaines et se serait terminée par la victoire des ouvriers. La puissance réelle des patrons résidait moins dans leur propre force que dans la confiance qu'ils puisaient à cette source: la division, bien connue d'eux, de leurs adversaires. Que les travailleurs de la Grande-Bretagne se le tiennent donc pour dit : la coalition générale des patrons est en train de se faire doucement mais sûrement', à travers tout le pays; ils se préparent aux luttes futures. Les sept mois écoulés, l'insuffisance des fonds éclata. C'était la consequence du manque de toute fédération effective. C'est par shillings qu'on comptait dès lors les envois sympathiques, c'est par livres que se comptaient les responsabilités financières. Notons aussi ce fait. Quoique l'Angleterre soit le pays par excellence des Trade- Unions, pourtant une très faible portion de la masse entière des travailleurs y est organisée. Par exemple, en nombres ronds, le total des ouvriers, dans le Royaume-Uni, est de 7 millions d'hommes et de 3 millions de femmes. Or, le total des ouvriers organisés en Trade-Unions est d'un million et demi, dont 108,000 femmes; en gros, c'est seulement un cinquième pour le travail organisé. De plus, comme on l'a montré, un grand nombre de ces sociétés restent isolées les unes des autres; tout au moins elles n'ont aucun plan défini d'action commune. Au point de vue politique, comme organisations fondées sur des b,1ses socialistes indépendantes, tout compté, nous avons seulement 25,000 membres répartis dans les deux corps connus sous les noms de Parti ouvrier ii1dépe11dant (I. L. P.) et de Federnlion Social Democralic (S. D. F.). Combien faible est encore le pouvoir de ces deux forces, c'est ce qu'on sait par ce fait : que nous n'avons pas, à l'heure présente, un seul socialiste avoué à la Chambre des Communes. L'hostilité des purs trade-unionistes contre le socialisme est amére, en voici un exemple : six mois déjà passés, une élection eut lieu dans un district minier par excellence, à Barnsley, Yorkshire. Un membre de l'I. L. P., Pete Curran, organisateur aussi des ouvriers du gaz et de l'union générale des travailleurs, se présenta comme candidat socialiste. Presqùe tous les représentants trade-unionistes du district et beaucoup d'ailleurs parlérent et agirent pour le candidat capitafiste libéral et contre le candidat trade-unioniste socialiste. Le libéral fut élu à une forte majorité dans un district ou près des cinq sixièmes des électeurs étaient des ouvriers. Plus récemment, à York, au moment ou s'apprêtait la terrible lutte entre les mécaniciens et les employeurs, une élection parlementaire eut lieu. Le candidat des libéraux était sir •

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