LA GRÈVE DES MÉCANICIENS ils pas d'importantes positions politiques; ne sont-ils pas, en bref, des dictateurs, n'ont-ils pas droit de faire la loi aux ouvriers, de leur imposer leurs méthodes, de resserrer chaque jour les liens qui ligottent les travailleurs ? Personnellement, j'ai eu la chance pel! enviable d'entrer en contact intime avec des personnages de cette sorte. J'étais alors membre de la commission royale du travail, 1891-1894. Il y avait là vingt-sept membres; tous opinaient du bonnet sur la parole du président, le duc de Devonshire. Presque tous les membres étaient des types réussis de capitalistes : apparemment leur grande affaire dans la vie semblait être de gagner de l'argent en contrôlant, comme on dit, le travail. L'arbitrage? parfaitement, à condition qu'il servît à faire la police des ouvriers. Le trade-unionisme, rien de mieux pourvu que les unions fussent de simples sociétés amicales de secours mutuels aux malades, enterrements, sans-travail; mais surtout qu'il ne füt pas question de favoriser les empiétements du pouvoir ouvrier grandissant! La situation est pourtant bien nette. Je vous en prie, pas de confusion : les capitalistes d'Angleterre sont certainèment bien résolus à livrer bataille pour maintenir leur domination industrielle et sociale; ils n'ont pas la moindre intention de livrer la place privilégiée qu'ils occupent, ni en tout, ni ·en partie, sur la simple sommation des ouvriers. Ce sont des gaillards, des gens habiles, d'ailleurs sans scrupules. Ils conn'aissent les tendances de la classe ouvrière, la ligne directrice de ses opinions. Sans aucun doute, ils sont préparés à la guerre contre les travailleurs, sous toutes les formes qui seront nécessaires. Ils s'opposent à l'union ouvrière parce qu'ils savent la force de l'union, et ils s'unissent entre eux contre l'ouvrier. Avec quelle é1;ergie ils s'emportent contre les syndiqués intervenant dans les affaires des non syndiqués. Mais, pendant cette grève des mécaniciens, les agents de la fédération des employeurs patrouillaient autour des patrons non fédérés, les menaçaient de la ruine, du boycottage. Non seulement ils faisaient usage du pouvoir de coalition volontaire, mais, avec leurs amis capitalistes du Parlement, du gouvernement même, ils étaient en état de peser sur les pouvoirs publics, d'empêcher l'action gouvernementale de s'exercer contre eux, pour délits caractérisés : impositions illégales de pénalités, ruptures de contrat, car tous ces actes et bien d'autres de la mêine sorte, les employeurs les ont commis et sans aucun doute sont prêts à les refaire, si c'est nécessaire, sur une plus large échelle. Venons aux causes qui ont précipité la marche du conseil exécutif des mécaniciens. Ces causes sont toutes naturelles : autant demander les causes des éruptions volcaniques de ]'Etna. Voici les faits. Les ouvriers de Londres n'ont pas réclamé de
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