LA REVUE SOCIALISTE reférent les employeurs <lu continent lorsqu'ils parlent en termes élogieux du trade-unionisme en Angleterre. La respectabilité du trade-unionisme fit son impuissance relative. La stabilité des unions fut assurée pour un temps par les travailleurs, s'identifiant politiquement avec les partis capitalistes du libéralisme et du torysme. Mais quand survint la crise industrielle de 1878-1880, elle vida la caisse des diverses unions; dans les cinq années qui suivirent rien ne fut donc fait sinon qu'on se tint coi, tout à l'effort d'accumuler des fonds afin de parer aux obligations des indemnités pour maladie, accident, vieillesse, frais d'enterrement, etc. (r). Ce fut au cours de cette période tres particuliére de r 880 à r 88 5 que quelques jeunes membres des unions manifestcrent un esprit progressivement hostile au caractcre de pures sociétés amicales (de secours mutuel) que présentaient la plq,part des unions. A cette même époque parut le livre d'Henry George, Progrèset Pau·vreie; il fut trés lu et ne contribua pas peu à secouer la torpeur qui envahissait les travailleurs anglais. Ce fut aussi pendant cette période que commença, à Londres, la premiére agitation vraiment socialiste, qui ne tarda pas à s'étendre rapidement aux districts provinciaux. Depuis, jusqu'aujourd'hui l'activité de ceux qu'on a dénommés les « nouveaux trade-unionistes » ne s'arrêta pas un instant. A la Société des mécaniciens réunis (A. S. E.) et à la Société des compositeurs de Londres en particulier il se trouva que quelques-uns des membres manifestaient des tendances révolutionnaires. Dans la premiére Société, un petit nombre d'hommes de la trempe de M. John Burns, aujourd'hui membre du P:lrlement, inaugurérent une vigoureuse et persistante campagne. John Burns avait les qualités les plus spécialement nécessaires, semble-t-il, à la circonstance : vigueur juvénile, courage indomptable, énergie infatigable. Il entra dans la Social DemocraticFederation, et tout en gagnant sa vie à l'atelier il prit part à une incessante agitation en faveur du socialisme. Cela se fit dans les branches des Trade-Unions aussi bien qu'au dehors. Je participai à l'œuvre et je me souviens fort bien quelle masse terriblement lourde c'était à mouvoir que les trade-unionistes d'alors. En fait, à cette époque les branches de l'A. S. E. étaient aussi capitalistes dans leurs tendances et leur esprit, aussi totalement dénuées de toute réelle aspiration démocratique que n'importe quel groupe d'employeurs. Les résultats de l'énergique et incessante combativité des jeunes hommes dont j'ai parlé ne se firent pas attendre; ils étaient inspirés et nourris des idées répandues, surtout par les fondateurs de la Social (1) Pour les détails complets et authentiques, voir Sidney et Beatrice Webb, Histoire du Trnde-U11io11im1e, chap. VII.
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