La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA GRÈVE DES MÉCANICIENS quelle période des trente dernières années, vous y trouverez toutes les variétés possibles d'attitudes. Ce trait n'est d'ailleurs pas spécial à l'Angleterre, on le retrouve chez les travailleurs des autres contrées, organisés ou non organisés. Voici pourtant ce qu'on peut dire : en général les trade-unionistes, aussi bien que les non unionistes,· devinrent et sont restés les partisans aveugles des idées politiques de la classe moyenne; ils peuvent condamner les iniquités en gros du landlordisme et soutenir en même temps la liberté des transactions, la classe moyenne leur donne l'exemple de cette contradiction. Mais ils n'ont pas la moindre idée claire de la question économique, de la nécessité qui s'impose actuellement de se debarrasser du capitalisme. Non, ils cherchent simplement à réglementer (à ajuster) les salaires et les heures de travail; leurs revendications laissent debout dans ses grandes lignes le système capitaliste intact. De 1850 à 1860 les trade-unionistes les plus influents se consa-· crèrent surtout à modeler la constitution des unions de façon à assurer des réserves importantes destinées aux secours contre la maladie, la Yieillesse, les accidents et ainsi du reste. Il n'y avait pas là de quoi fortifier les Trade-Unions en tant qu'instrument de lutte. Mais c'était de quoi leur assurer un recrutement plus fixe, les membr!;!s partants perdant leur mise, qui représentait souvent une somme considérable. De 1860 à 1866, Sheffield acquit .une réputation pour ses rattening (sorte de brimade d'atelier dirigée contre les hommes qui refusaient de se joindre à l'union ou en retard pour leurs paiements).· C'était l'habitûde de mettre de la poudre à la place occupée par les travailleurs non unionistes. L'explosion causait souvent des blessures graves. Cela conduisit à l'enquête parlementaire de 1867 sur les pra-· tiques des Trade-Unions. Elle donna du fil à retordre aux unionistes. Mais grâce surtout à plusieurs membres de la commission d'enquête, qui sympathisaient fortement avec l'union, le rapport de la commis-· sion ne fit pas de mal aux unions et en 1868 se tint le premier con-· grès des Trade-Unions à Manchester. A partir de cette epoque et pendant trente années pleines, fa « respectabilité » fut la caractérictique principale des chefs des TradeUnions. Dans les questions de métier, tous s'attachèrent à éviter l'agitation, à accumuler de larges fonds de réserve, à négocier pacifiquement avec les employeurs qui payaient au-dessous du taux consenti entre l'union et les meilleurs patrons. Ils prirent aussi une partconsidérable à l'agitation politique de 1868-1878, mais non pourobtenir quelque changement radical, simplement pour appuyer des mesures de nature à favoriser la classe moyenne en voie d'ascension. Je suppose que c'est à cette période du trade-unionisme anglais que se

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