REVUE DES LIVRES 249 l'allure gént!rale je ne sais quoi de capricieux qui a son charme et son danger. L'absence de quelques phrases biffées par la censure ajoute au désordre apparent qui peut au premier abord déconcerter et inquiéter. A tort. L'ouvrage est d'une dialectique très serrée et la pensée a une haute valeur philosophique. Je signale aux curieux une pénétrante discussion des théories d' Auguste Comte et une victorieuse réfutation des doctrines qui veulent faire des sociétés humaines de purs organismes. Mais, si l'on veut aller droit au cœur de l'ouvrage, on y doit relever deux choses essentielles. La première, c'est qu'en sociologie la méthode objective, qui se borne à constater et à expliquer ce qui est ou a été, est insuffisante; qu'il est indispensable de considérer ce qui doit être, d'avoir ·devant les yeux un idéal humain. Il est impossible de parler de progrès, si l'on ne conçoit pas un but vers lequel l'humanité doit marcher. Sans ce point de repére à l'horizon, nul ne peut dire si un mouvement est un, pas en avant ou un pas en arrière. Cette première proposition conduit à une seconde qui n'est pas moins importante. C'est que, en prenant le bonheur de l'homme comme fin et mesure du progrès, on arrive à une curieuse opposition qui doit se résoudre en conciliation. L'individu a pour idéal son développemern intégral, ce qui entraîne entre les différents individus inégalité de facultés et diversité de fonctions·; la société, au contraire, a pour idéal une unité aussi homogène que possible, ce qui implique entre ses membres égalité de droits et de conditions. On aboutit ainsi au problème que le socialisme s'est donné pour tâche de résoudre et qui consiste à accroître en même temps la solidarité et la liberté. Si l'on songe que ce problème, non seulement n'est pas résolu, mais est encore compris d'un petit nombre, et que Cllt écrit de Mikhaïlowsky date de trente ans, on saluera avec respect la profondeur de vues du penseur russe et on le comptera parmi ceux qu'il faut lire et méditer. GEORGES RE:-JARD. * * * Henry MARET. - La Justice. - Juven, éditeur Un livre qui serre le cœur, qui déborde de colère, d'amertu111e, de tristesse. C'est le récit des angoisses et des heures funèbres par lesquelles a passé l'acquitté d'hier. Il est écrit avec cette verve et ce taknt incisif qui firent à juste titre la réputation d'Henry Maret. Il conclut à une refonte urgente et totale de notre système judiciaire. Je ne -saurais dire à quel point je suis d'accord avec cette conclusion. G. R. * * * G. LETAINTURIER-FRADIN. - L'Honneur et le Duel. - Paris, Flammarion, éditeur Un effort pour restreindre le duel, tout en maintenant l'escrime comme un sport des plus utiles et des plus intelligents, aux seuls cas où l'honneur est
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