La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

2 34 "LAREVUESOCIALISTE ·CHRONIQUE THÉATRALE THEATRE ANTOINE: La Cage, pièce en un acte, par M. Lucien DESCAVES. M. Lu~ien Dcscaves vient de faire représenter une piècè en un acte, intitulée La Cage, que la censure, se ravisant, a jugé à propos d'interdire après en avoir autorisé la première représentation. Puisque l'occasion m'en est offerte, je remarque que la censure est une institution imbécile. Elle est d'essence monarchique et suppost que le gouvernement est un bon papa chargé de dire à son bébé le public : « Va à tel endroit et non à tel autre; amuse-toi de telle façon, prends tel plaisir; mais je t'interdis formellement cette distraction comme dangereuse, ou surexcitante, ou capable de suggérer telle pensée funeste. ». Le public, dont le gouvernement, dans la ·conception républicaine, est non pas le maitre mais le dclégué, doit faire son éducation lui-même, aller 011 bon lui semble, approuver ou condamner spontanément telle pièce. Si un spectacle lui paraît mauvais, • qu'il témoigne son antipathie, son mépris, son dégoôt; je ne dis pas pour cela qu'il lui faut faire du bruit, siffler, casser les petits bancs; il existe un moyen bien plus simple de faire tomber une pièce que l'on n'aime pas, c'est l'abstention. Restez chez vous ou retirez-vous si l' œuvre vous déplaît; je ne connais pas d'autre censure que celle-là; elle est efficace, les comédiens ne joueront pas devant les fauteuils vides. Mais si la pièce attire les curieux, en vertu de quel principe les empêcherez-vous d'applaudir ce qui, à leurs yeux, est émouvant et beau? La Cage a fait peur au ministère, parce qu'elle expose un affreux drame social, le suicide pour cause de misère, De plus, elle proteste contre la résignation. L'épigraphe est précise. Lucien Descaves dédie sa pièce aux désespérés et il ajoute: Pour qu'ils choisissent. Le choix qu'il leur laisse est celui de la mort ou de la révolte. L'histoire est banale, sinon au théâtre, du moins dans la vie, si banale que, la trouvant chaque matin parmi les faits-divers, nous n'y

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