La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE successives; passage de l'homogène à l'hétérogène. Comment se fait-il gue Spencer, dans ses articles polémiques, ait plaide si vigoureusement la cause du parasitisme social? Ce plaidoyer n'est pas impligué dans la théorie. Quant aux mauvais disciples qui ont tiré des principes de Spencer une justification de la liberté de l'individu, de la justice absolue, du droit prétendu naturel; et a ceux plus mauvais encore gui ont restauré sur des bases spencériennes l'édifice des castes (on ne dit pas des classes), inutile d'en parler. Au-dessus ou au-dessous, ils sont en dehors d'une critigue sérieuse. A. Comt.e eut le mérite, gui lui reste, d'avoir mis bien a part, tout en la subordonnant aux évolutions antérieures, l'évolution sociale. Il reste le vrai fondateur de la sociologie. Qu'.après cela, il ait exagéré et simplifié a l'excès le facteur intellectuel, c'est une guestion de ·détail : il ne pouvait devancer Karl Marx et voir « dans le développement intellectuel, au lieu d'une cause originaire et unique de l'évolution, un produit qui, a son tour, devient un des facteurs de cette évolution ». Quant aux théories analogico-organigues l'auteur n'a pas de peine à montrer qu'analogie n'est pas induction. En fait, les comparaisons biologiques appliquées a la société ne sont que des métaphores commodes et indispensables pour se faire comprendre : c'est la vieille fable des membres et de l'estomac que le vieux Messenius racontait à la plèbe romaine; elle n'en fut pas pleinement satisfaite, on le conçoit facilement. Les théories indépendantes et purement logiques ou psychologiques de Durkheim, sur la division du travail social, de Tarde.sur les lois de l'imitation, ont leur valeur propre, quand on ne les sort pa~ de leur domaine restreint. Les constatations de Gumplowicz sur l'éternité des types sociaux, la race, le roi, le prêtre sont invalidées, d'après Gumplowicz lui-mênne, au moins dans un avenir lointain par le rêve qu'il fait d'une amalgamation future : « Malgré tout, les éléments hetèrogènes et hostiles sont destinés a s'amalgamer les uns avec les autres; il faut qu'ils arrivent a n'être plus qu'une unité; ainsi le veut la nature. » En somme, ]a grande loi de l'adaptation aux conditions d'existence par sélection et hérédité reste, bien comprise, la loi ultime de l'évolution sociale. L'Etat socialiste,sa te11dancet sa fin, de E.-C.-K. Gunner, c.st un véritable traite. L'auteur se figure rester impartial. Il expose les ressort~ de la tendance individualiste et de la tendance soçialiste, en faisant, comme l'indique le titre, la bon.!:e part à cette dernière. Notons pourtant ces déclarations préliminaires : •« On dit (les individualistes) que le progrès de la société dépend de l'action de la loi de la survivance des mieux adaptés et qu'en conséquence les efforts de l'État ou de la société po1,1rrestreindre la libre action de cette loi sont ou vains ou rétrogrades. Cette analogie biologique, appliquée à la société

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