La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

222 LA REVUE SOCIALISTE décréter des mesures de salubrité ? Les anciens Romains avaient leurs édiles qui auraient, je pense, en contradiction directe avec l'offre et la demande, fait rigoureusement abolir maint affreux caveau dans nos quartiers de Southwark, Saint-Gilles et dans nos sombres ruelles empoisonnées; ils auraient demandé gravement : « Convient-il qu'un Romain demeure là? » La législature, au prix de n'importe quelles conséquences, aurait répondu: « Dieu nous en préserve! » La législature, mênie telle qu'elle est ici, pourrait ordonner que toutes ces villes manufacturières, si noires, sortent de leur suie et de leur obscurité ; qu'elles laissent pénétrer dans leurs murs la lumière bénie, le bleu du ciel, qu'elles se fassent claires et propres; qu'elles 'brûlent leur houille, par exemple, qu'elles la réduisent en flammes. Des bains, le grand air, une température saine, des plafonds hauts de vingt pieds, voilà ce qui pourrait être ordonné, par un acte du Parlement, dans tous les établissements reconnus comme manufactures. Des manufactures existent déjà qui présentent ces conditions : honneur à ceux qui les ont construites ! La législature pourrait dire aux autres: Allez et faites de même, faites mieux s'il se peut. Dans tout ce Manchester ou l'on peine, une fois la fumée et la suie brûlées, ne devrait-on pas, parmi tant• d'autres conquêtes qui s'étendent aussi loin que le monde, avoir fait celle d'une centaine d'acres ou à peu près, de verdure, plantés d'arbres, ou les petits enfants puissent jouer, ou les travailleurs qui ont fait toutes les conquêtes puissent aspirer un peu d'air le soir? Vous déclarerez qu'il en doit être ainsi! Une législature qui le voudrait pourrait le déclarer d'une manière efficace. Une législature qui le voudrait pourrait dire bien des choses! Et à tous les « représentants d'intérêts» ou autres, qui se lèveraient pour objecter simplement: «J'y perdrai mon profit», une législature qui voudrait répondrait: « Oui,mais nos fils et nos filles y gagneront la santé, la vie et une âme. » - (< Que va-t-il advenir de notre industrie du coton ? » s'écrièrent certains filateurs quand fut proposé le bill sur les manufactures ; « que va-t-il advenir de notre inappréciable industrie du coton ? >> L'humanité de l'Angleterre répondit, entêtée : (< Délivrez-moi ces âmes d'enfants, rachitiques, agonijantes et que votre industrie du coton court la chance. Dieu lui-même commande la première chose, ce n'est pas Dieu spécialement qui commande l'autre. Nous ne pouvons pas avoir une industrie de coton prospère et acheter cela en tolérant que le diable en soit un partenaire ! » - Il y aurait assez de bills, si le bill d'abrogation de la loi sur les blés était voté, et si la législature voulait! Et même, ce seul bill qui est toujours là, pas encore décrété, à savoir un bill d'éducation sensé, n'est-il pas par lui-même de nature à engendrer sûrement d'innombrables bills fort sages - des règlements fort sages, des méthodes et

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