220 LA REVUE SOCIALISTE désespérc du gouvernement tant qu'il verra· ces deux senti11elles devant la caserne des gardes a cheval et devant ·nos services réunis ! Je ne vois qüe trop l'utilité d'un service d'éniigration, "d'un service ·de l'enseignement, de variétés nombreuses de services séparés ou réunis, forts des milliers d'hommes voulus et tous aussi utiles que l'est le service de la guerre; tous feraient leur tâéhe comme ce dernier - tâche qui, bien plus que la guerre, est desori11ais la chose nécessaire dans le temps oü nous vivons ! Que de choses gisent parmi nous qui convulsivement, presque désespérément, se débattent pour parveufr a l'èlre. Mais les gouvernements médiocres, comme les individus de facultés médiocres, s'en sont tenus à ce qui était physiquement indispens:i.ble; ils ont réalisé cela et rien de plus. Le soldat est peut-être une des choses les plus difficiles qu'il y ait i réaliser; mais les gouvernements, s'ils ne l'avaient pas réalisée, n'auraient pas existé : en conséquence voila le soldat devant vous. 0 Ciel, si nous voyions une armée forte de quatre-vingt mille hommes, entretenue et bien équipée, qui continuellement et réellement agit et comb11.ttît, livrant bataille à la famine humaine, au chaos, à la nécessité, a la stupidité, a nos vrais « ennemis naturels»: quel rêve cc serait! Une armée qui combattit et molestàt, non pas « les Français,» (les pauvres gens, qui ont pour leur compte une assez rude bataille du même genre i livrer et n'ont pas besoin d'être par dessus le marché molesté par nous) - mais une armée qui combattît, sans cesse perçât de sa lance et détruisît la fausset<\ l'ignorance, le désordre, et le diable et ses anges! Toimême, lecteur cultivé, tu as fait quelque chose dans cette guerre, la seule vraie, mais hélas, en quelles circonstances? Toi, le bienfaisant sergent instructeur perdrait son temps à t'enrôler dans les rangs à côté Je tes camarades; à t'enseigner, en vrai artiste didactique, avec tout l'esprit qu'il a déployé dans les occasions précédentes, ton métier de soldat, à t'encourager quand tu ferais bien, à te punir quand tu ferais mal, à te crier à tout propos les sages formules du commandement : « En avant par ici, en avant par la ! » Ah! non, toi, ton rôle est d'apprendre à faire des pointes et des exercices de peloton oü et quand tu le dois; pour tous les mortels excepté toi-même, c'est chose parfaitement indifférente que tu aies jamais dù apprendre ces exercices. Et les rations, et la paie d'un schilling, les as-tu reçues ?-j'ai connu tant de brave-sJean Paul (1) réduits, apprenant leurs exercices, à vivre d'eau sa11s pain. Voilà pour les rations; mais aucun :i.vancement, aucune promotion au grade de caporal, de caporal des lanciers, ou à la garcette, t'a-t-on accordé cela, en ayant quelque peu égard à tes mérites? La (r) Carlyle fait ici allusion à J. Paul Richter, auquel il :1 consacré ailleurs une :Étude. (Cf. Essais.)
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