La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

214 LA REVUE SOCIALISTE pour lesquels nous demandons l'interdiction et la suppression des gardes particuliers. Il est regrettable, à notre avis, que dans le cas qui fait l'objet de ce jugement, M. le procureur de la République, qui soutenait l'accusation, n'ait pas montré plus d'énergie vis-à-vis de jurés qui pensent, sans doute, qu'une peau de lapin a plus de valeur qu'une peau humaine et n'ait pas fait appel a minima. Le jugement ne dit pas quelle peine a encourue l'individu quelconque, armé d'un fusil, qui accompagnait le garde et a assisté au meurtre en simple spectateur; celui-là ne pouvait pas invoquer le titre de garde particulier, pourquoi et à quel titre faisait-il la police dans ce bois? S'il avait tiré, il aurait donc été également acquitté? COUR D'ASSISES DE L'EURE Présidence de M. LAFITTE,conseiller a la Cour de Rouen Audience du 19 janvier 1898 AFFAIRE THIRIOT, - MEURTRE Telle est l'accusation sous laquelle a comparu hier, devant Je jury, Je nommé Charles Thiriot, âgé de trente-deux ans, se disant né à Metz, garde particulier au service de M. Languest, propriétaire à Herqueville. • Le 14 novembre 1897, vers trois heures du matin, l'accusé et un sieur R ... , se disant. journalier, tous deux porteurs de fusils chargés, s'étaient rendus sur les propriétés de M. Languest pour y faire une tournée de surveillance de braconnage. Après être restés en observation inutilement pendant près de deux heures dans le bois des Écrais, ils se disposaient a rentrer chez eux, lorsqu'ils virent un lapin pris au collet dans la plaine, à une petite distance du bois. S'étant embusqués dans ce bois, ils aperçurent, au bout de quelques instants, Je nommé Constant, dit Sucrier, contre lequel Thiriot avait déjà proféré des menaces, qui s'avançait dans la direction du collet. L'accusé s'avança alors à sa rencontre, en lui disant : « Je t'y prends! » Constant lui répondit : « Les lapins sont aussi bien à moi qu'a toi. Je t'em ..... ; tu n'es pas assez malin pour me prendre. » Thiriot marcha dans sa direction et tira sur lui un premier coup de fusil qui l'atteignit à J'épaule gauche. Néanmoins, Constant continuant à l'outrager, Thiriot marcha de nouveau vers lui et lui tira, à une très faible distance, un nouveau coup de fusil qui, cette fois, l'atteignit au bras droit. Au lieu de lui porter secours, Thiriot abandonna sa victime pour aller prévenir le maire de Herqueville. Une hémorragie abondante se déclara, et Constant succomba quelques heures après. Mais les débats donnent à la culpabilité de Thiriot une atténuation des plus sensibles. Il est établi, notamment, qu'après avoir blessé Sucrier pour pouvoir le capturer, il ne l'abandonna pas sans soins, comme dit J'acte d'accusation. Aussi, après une habile défense de M• Homais père, du barreau de Rouen, Thiriot est acquitté. L'accusation a été soutenue par M. Langlois, procureur de la République. (Extrait du Journal de Rouen du 20 janvier 1898.)

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