La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LES GARDES PARTICULIERS (LEUR SUPPRESSION) 2 I 3 compagnie d'hommes d'armes commandés par un brigadier. Qu'il y ait une cérémonie ou un deuil de famille, vous les voyez figurer en armes dans le cortège. ·La surveillance et la garde des forêts est indis- . pensable et nous l'admettons parfaitement. Une forêt est une propricté comme une autre, et un faisan qu'on èléve et qu'on gave pour le lâcher ensuite dans une forêt est incontestablement une propriété. Cc que nous n'admettons pas, c'est que 1~ garde particulier, homme armé et assermenté, relève directement du propriétaire, soit choisi par lui sans aucun contrôle et sans aucune garantie pour le public. - Un honnête homme peut tres bien, sur la seule déclaration d'un tel agent, se trouver condamné à tort, et sans appel, à la prison. Les gardes particuliers devraient rele 1er directement de l'administration forestiëre, être embrigadés comme tous les forestiers, dont l'honorabilité et la riioralité ne peut donner lieu à aucun soupçon. Que le propriétaire qui veut faire garder sa chasse s'adresse à l'État, auquel il versera une redevance annuelle pour avoir sur ses terres fin ou plusieurs gardes forestiers assermentés. - L'honnête paysan ou les promeneurs ne seront plus alors à la merci d'un agent n'offrant aucune garantie d'honnêteté ou de probité. N'est-ce pas ainsi qu'on opère pour les gardiens de la paix? - Lorsque pour une cérémonie quelconque, un mariage, des funérailles, un particulier, craignant l'encombrement ou un scandale, veut organiser un service d'ordre, il s'adresse à la préfecture, qui lui fournit des agents, et il ne lui vient pas à l'idée d'équiper et d'armer des individus de son choix. Si on se place au point de vue de la-défense nationale, ces gardes particuliers présentent encore les plus graves dangers. - Souvent vous ne savez que trop la nationalité du riche banquier ou du propriétaire qui fait garder ses terres; - la nationalité de ceux qu'il emploie, vous l'ignorez entièrement, - qui vous dit que dans les massifs où il est interdit au public de pénétrer, quelque route stratégique ou quelques ab~ttis découvrant tel ou tel point de l'horizon q_'ont pas élé savamment aménagés? . Ce que nous •réclamons, c'est la suppression des gardes particuliers et l~Lir remplacement ~ar des gardes forestiers releYant direcment de l'Etat et mis à la disposition des propriétaires. TONY TARDIEU. * * * Un jugement de la cour d'assises de l'Eure du 19 janvier 1898, dont nous donnons ci-dessous un extrait, vient pleinement confirmer les motifs

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