LES GARDES PARTICULIERS ( LEUR SUPPRESSION) 2 II LES GARDES PARTICULIERS LEUR SUPPRESSION Le journal l' Eclair rapportait récemment, ainsi qu'il suit, un fait étrange qui s'est produit à Rouen, au tribunal. « Le garde-chasse, sur la déposition duquel reposait toute la prévention, déclarait avoir vu un braconnier poser des collets et précisait soigneusement tes circonstances : c'était le 24 septembre, à la nuit tombante, il pouvait être sept heuu~s... Le président, prudent, insistait: « L'avez-vous vu, ce qui s'appelle vu, vu de vos propres yeux? - Oui, je l'ai vu. » Plus moyen de douter. Le tribunal allait prononcer la peine quand le prévenu se lève : « Impossible! le 24 septembre j'étais à la pdson de Rouen où je purgeais une condamnation à huit jours. » Tableau. Le président s'inquiète; on vérifie : c'était vrai, le braconnier, à la date dite, ne pouvait être sous bois puisqu'il était sous clé. Le garde avait menti. « Cette affaire est instru~tive. Supposez que le malheureux homme, au lieu d'être en prison, eût été simplement chez lui; il était, en dépit de toutes ses protestations, sur la simple déclaration du garde qui est - bien qu'au service d'un particulier - personnage assermenté, bel et bien condamné, sans rémission possible. Or, .combien de fois le garde qui a, dans le cas présent, falsifié la vérité, l'avait-il falsifiée déjà pour faire condamner injustement les rôdeurs de .bois dont il pensait avoir à redouter quelque tour? Combien d'innocents, avant d'être pris la main dans le sac, ce Pandore civil, gardien trop vigilant de la propriété privée, a-t-il envoyés en prison, dans le but honnête de protéger plus sûrement le bien de son maître? Voilà des questions que le parquet de Rouen eût dû se poser et qu'à' son défaut· 1e législateur se poserait utilement, car il est fort à croire que ce pourchasseur de braconniers n'en est pas à son coup d'essai, et il est supposable que, le
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==