La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

206 LA REVUE SOCIALISTE Mais si, au point de vue pratique, rout cc que le fermier paie au propriétaire est nommé une rente, au point de vue theoriq~1e, on ne peut donner ce nom dans le domaine de la production capitaliste qu'au surplus du profit moyen que le fermier capitaliste paie au possesseur de la terre en raison même de ses prérogatives de propriétaire. Chaque rente fonciere est une plus-value, un produit du surplus de travail, mais en même temps c'est le surplus du profit moyen, donc le surplus de la plus-value. C'est ce qu'il ne faut jamais oublier. C'est pourquoi toutes les conditions subjectives et objectives de la plus-value en general ou du profit ne suffisent pas à l'expliquer. La difficultc consiste à prouver d'où vient le surplus de la plus-value du capital employé à la terre que le fermier capitaliste paie au propriétaire en rente foncicrc. Admettre que la rente apparait dans l'agriculture grâce aux qualités exceptionnelles de cette branche de production et qu'elle est due à la terre comme telle, c'est méconnaître la notion même de la valeur et renoncer à toute explication scientifique. Même en com,prenant que la rente se paie sur le prix du produit agricole - il serait pourtant crronc d'expliquer le surplus d'un tel prix par comparaison avec le prix ordinaire de la production, - d'expliquer par conséquent la chcrtc des produits agricoles par la plus grande productivité naturelle de la production agricole. Au contraire, si le tràYail est plus productif, chaque objet produit est meilleur marché, car la même quantité de travail est distribuée entre un plus grand nombre de valeurs. Toute la difficulté de l'analyse consiste donc à expliquer le surplus du profit agricole compare au profit moyen; c'est-à-dire d'expliquer non la plus-value, mais le surplus <le la plus-value caractéristique dans cette branche de la production. Pour pouvoir parler d'un surplus du profit moyen on devrait avoir donné au profit moyen le sens d'un regulateur de la production comme cela se fait dans la production capitaliste. Par conséquent, partout où le capital n'a pas encore assujetti le tranil social, il ne peut pas être question de la rente dans le sens contemporain du mot. Il importe dans l'analyse de la rente, de ne pas confondre les différentes formes qui correspondent aux différents degrés du développement de la production. Sï nous envisageons la rente dans sa forme primitive, sous forme de travail, au temps où le producteur direct travaillait pour lui-même une partie de la semaine sur la terre qui lui appartenait en fait et à l'aide de moyens de production lui appartenant en fait ou en droit, et l'autre partie de la semaine pour le propriétaire, sans recevoir de salaire,- là la chose est claire: la rente et la plus-value sont identiques. La transformation de la rente travail en rente payée en nature c'est-à-dire en produits - quoique témoignant d'un plus haut degré .de culture - ne change rien à l'essence de la rente foncière. La

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==