La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LE RÉGIME SOCIALISTE 17 Répartition du travail et répartition des fruits du travail doi\'ent se faire exactement pendant; cc sont, à proprement parler, deux aspects d'une même organisation, considcréc tour à tour du point de vue de la production et du point de vue de la consommation. Pour la répartition du travail, on a dressé un budget de la besogne à exécuter. On a calculé d'avance le nombre d'heures de travail tH.'.:ccssaires à satisfaire les besoins de la nation entière, cc que nous a,·ons déjà appelé le besoinsocial; l'entretien des sen·ices publics et celui de l'outillage rentrent dans le total prévu. On a pu dcterminer ainsi pour chacun un temps de travail 11or111al qui peut être modifie, nous l'avons vu, par l'afflux plus ou moins grand des travailleurs dans td ou tel corps de métier. Pour la r6partition des fruits du travail il faut, par un procédé analogue, calculer d'abord, non plus avant, mais après le tra\'ail accompli, l'ensemble du reveu11social en produits agricoles et manufacturés. Ce total est indispensable pour établir les dividendes que la société aura ensuite à répartir entre tous ses membres. Non pas qu'il y ait lieu de partager intégralement cette richesse entre tous les travailleurs qui l'ont créée. La formule courante qu'en régime socialiste l'ouvrier rocevra le produit intégral de son traYail est une formule inexacte. Il est bien nai qu'il n'y aura plus, comme de nos jours, de prélèvement capitaliste, allant à quelques privilégiés, sous prétexte qu'ils ont le monopole de la terre et des moyens de production. Mais il est vrai aussi que la société devra prendre sur le montant de la richesse sociale de quoi remplir certaines obligations qui lui sont imposées. 1° Il est sage de garder en magasin, pour parer à une insuffisance possible de la récolte, une partie de la récolte rentrée. Il est bon, en un mot, d'instituer régulièrement une éparg11ceollective, qui permettra de faire face à des dangers éventuels. 2° Il est nécessaire de réserver une certaine quantité de produits destinés à l'écba11gie11ternalio11al, diminution qui sera, d'ailleurs, compensée par une quantité équivalente d'autres produits. C'est un simple virement. Puis il y a lieu d'ajouter au nombre des producteurs directs de la richesse nationale un certain nombre de personnes qui, à deux titres divers, ont droit aussi à une part des dividendes. Ce sont d'abord ceux qui ne peuvent pas ou ne peuvent plus travailler ( enfants, vieillards, malades, infirmes). Ce sont ensuite tous les membres de la société dont le travail, quoique producteur d'utilités sociales, ne laisse aprés lui aucun produit matériel susceptible d'être réparti (t~ls les professeurs, les médecins, les employés d'administrations publiques, etc.). 2

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