180 LA REVUE SOCIALISTE servir à une nouvelle campagne de Garibaldi pour aller combattre à ·Rome· ou à Venise; quant à leur propre cause, la cause ouvrière, elles ne ·voyaient rien au d_elàdu programme de Schulze-Delitzsch. Il est vrai que la population agricole de Toscane demeurait dans la plus grande misère, mais elle était trop dispersée et tout à fait séparée de· 1a capitale. Il eût donc été fou de songer _a exercer la moindre influence sur ce monde paysan en restant à Florence. Ici le chef du partï démocratique le plus avancé était Bepysonne, ou BeppoVol.fi, comme on l'appelait familièrement. Il était propriétaire d'une boulangerie et d'u·ne boutique sur la place de San Lorenzo, dans laquelle il vendait des macaronis. Volfi était un homme <l'une cinquantaine d'années. Il offrait une variété assez intéressante et pittoresque du type italien de capopopolo, qui depuis les luttes classiques de la plèbe avec les patrices n'a pas dépéri sous le ciel bienfaisant de ce pays. On le voit revivre en Cola di Rienzi, en· Masanicllo, et, jusqu'en 1848, il réapparaît en la personne de Cicerovacchio. Il se multiplie après en un nombre infini de hèros moins célèbres qui se distinguèrent chacun dans une sphère d'action plus restreinte au cours du mouvement politique des derniers temps. Avec sa tête de Jupiter Olympien, dominant un torse robtiste qui commençait déjà a s'alourdir, et son caractéristique langage de Florentin; Volfi. ·ne cherchait pas à se draper du romantique manteau de chef po·pulaire. Bien que ses manières fussent celles d'un gentléman et que sa tenue fùt irréprochablement correcte, il racontait à qui voulait l'entendre· que cc n'était qu'après son trentième "printemps -qu'il avait pu trouver enfin un peu de loisir pour apprendre à lire· et à écrire·. Il exerçait incontestablement une influence très marquée sur une bonne partie de la population florentine. Lorsqu'en 1860, marchant à la tête d'une délégation formée par plusieurs hommes seulement, il s'était présenté au palais du grand duc Léopold' pour lui proposer de quitter la cité, et cela sans perdre de temps, le Babbo - petit-père, comme on appelait Léopold - s'empressa d'accéder à ce désir et de suite donna l'ordre d'atteler les chevaux à son carrosse; puis, paisiblement, s'en alla en Autriche. • Cependant Volfi. ne montra pas le moindre désir de s'emparer du pouvoir, pas plus pour son parti que pour lui personnellement. Il préféra. rester dans sa boutique qu'il aimait et où, par son travail, il était arrivé à se créer une situation· relativement brillante. Sans tenter hl moindre lutte, il céda la place qu'il pouvait prèndre pour. lui au baron 'Riccasoli, bien que celui-ci ne lui inspirât aucune confiance et ne lui fût guère sympathique comme aristocrate et surtout comme pâle reflet de Cavour. Volfi. .soutint la candidature de cet homme co1nme
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==