BAKOUNINE EN ITALIE EN 1864 179 Dès le premier jour, tous les deux déployèrent, chacun à sa ma• nière, une activité extraordinaire. A l'exception d'une soirée •par semaine, fixée pour .recevoii· chez eux, on ne pouvait trouver ni le mal'i •ni la femme à la ·maison. Dès le matin, et jusqu'à une heure •âvancée de la ni.1it, ils vivaient en fiacre, allant chacun de son c_ôté. Rarement ils ·.sortaient ensemble; car l'un et l'autre avaient chacun leurs connaissances propres et une sphère spéciale d'activité. A Florenc"e, le nombre des membres de la colonie russe, qui subissaient l'influence de Bakounine, était presque insignifiant et comptait peu dans l'activité du grand révolutionnaire. Je suppose qu'il vint s'établir à Florence sans aucun programme d'action ari·êté d'avance, mais simplement parce que l'Italie, qui se .trouv;J,it ;tu nombre de ces rares pays de l'Europe dont l'entrée ne lui fût pas fermée, avait encore la réputation d'être révolutionnaire. J'étais assez familiarisé avec la situation des affaires et je suivais anxieusement la façon dont l'éminent organisateur révolutionnaire allait s'y prendre -poui défricher le terrain. Quant à moi personnellement, depuis longtemps déjà j'avais renoncé à trouver dans ce pays un seul coin qui tût propice à l'im.pl.ntation des idées qui nous étaient chères à nous autres Russes, dans q·uefque ordre de choses que ce soit, et j'estimais que ·Florence présentait sous c.e. rapport un lieu de. résidence moins favorable encore que 11el'étaient Naples ou Milan. •En effet, à Florence, il n'y avait aucune activité industrielle, point de fabriques qui eussent pu réunir des légions d'affamés. Il n'y avait même pas de ces prolétaires sans travail qui fourmillent dans -les plus -p~tites villes du nord de l'Italie· et qui, maçons, tailleurs de pierre et autres salariés se déverse.ni: de là, comme des -flots d'un fleuve, puissant, dans.toute l'Europe occidentale. Livrant des quantités énormes d'ut1 travail exécuté avec patience et habileté pour un salaire minime qui réduirait un ouv"rier français à l'inanition· et le po.usserait à en finir pù le suicide, ces manœuvres italiens pourraient rivaliser avec les Chinois eux-mêmes. A Florence, la question ouvrière se trouvait à cett"e époque encore à l'état embryonnaire. Seulement, depuis une ou déuiç années, venaient de s'organiser les premières sociétés ouvrières qui nommèrent Garibaldi leur président d'honneur, pour ne pas dire leur « saint patron ». Évidemment, celui-ci était- impuissant à leur apporter autre chose que. son nom, pouvant servir à unifier tous ce~ groupements·: et à leur faire entendre .de temps en temps .quelques pa.roles patriotiques, agrémentées de lieux communs sur l'amour de. 1a liberté. Mais il éta\t impossible de découvrir le moindre lien entré cette excitation de. patriotisme et un programme· ouvrier socialiste. L'action de ces sociétés pour la cause de la patrie se résu1nait à réunir quelques petites sommes d'.argent amassées sou' par sou et de~tlnéés à
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==