172 LA REVUE SOCIALISTE les gens du pays, sans les inviter à lui donner. leur avis. Sans s'en douter, lui et le père Martin avaient eu l'idée du.refere11d11m; et Guillaume le pratiquait sans toutefois lui donner une sanction officielle. Tous les projets d'intérêt local qu'il avait proposés av.aient été approuvés par son conseil. Il passait à son tour pour un homme de hautes capacités. Et plus actif, plus intelligent, plus remuant et plus dévoué que le député de la circonscription, il avait obtenu de l'administration. supérieure et de l'État certains avantages qui· avaient contribué à la transformation et à la prospérité de son petit Yillage si négligé jusqu'alors. Guillaume ne fréquentait plus les cabarets que lorsqu'il avait besoin de connaitre l'opinion de ses administrés. Le fils de Martin avait mis à sa disposition sa précieuse bibliothèque, et le maréchal, après sa journée de rude travail, après avoir ferré, forgé, fait le taillandier, le serrurier, le mécanicien, voire même le rétameur, le chaudronnier et le ferblantier, quelquefois même l'horloger, retirait son tablier de cuir, se débarbouillait et allait passer sa soirée à la Petite Commune, lisant, étudiant, prenant des notes, s'instruisant et se renseignant auprès du père Martin qui, de son côté, écrivait ou relisait ses vieux auteurs favori_s : Cabet, Fourier, Blanqui. Il rêvait de faire de son village une petite Icarie moderne. Il avait le cerveau bourré de bonnes intentions et de grands projets. Et, dans ses moments de fièvre et d'expansion, il se prenait la tête entre les deux mains et disait au père Martin : - Je vous assure qu'il se passe là dedans quelque chose d'extraordinaire! ma tête est plus grosse qu'avant! Ça bouillonne comme dans une marmite! Oh! qu'c'.est bon de ne pas penser bêtement et de voir clair dans toutes les belles choses que vous m'avez enseignées. ' ·Et le père Martin, heureux de son élève, le regardait en souriant: Sur la .fin de décembre 1890, le père Martin, qui avait alors soixante - dix ans, ressentit •un engourdissement général. Sa ·vue s',était affaiblie, ses. yeux étaient troubles, sa voix enrouée et ses jambes,-très amaigries, avaient peine à supporter son corps débile·. '. • Il traîna jusqu'à la fin d'avril 1891, et dans les premiers jours ds mai, malgré l'apparition des premiers rayons de soleil et la pousse du renouveau, il dut s'aliter. • A la nouvelle de sa maladie tous les gens du pays furent consternés. Certaines bonnes vieilles femmes allaitnt en cachette faire brûler des cierges à l'église; éelles-ci' adressaienf .des vœux au ciel; celles-1.).
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