IL EN ÉTAIT 17 3 priaient tous les saints du paradis pour le rétablissement du bon vieux de la Petite Commune. Mais les soins dont il était entouré, et moins encore les priéres et les cierges des bonnes femmes, ne purent soustraire le brave homme i l'inexorable loi de la nature. Le 22 mai 1891, dans la soirée, entouré de sa famille, et sa main froide et frêle dans la ·main large et caleuse de son gr:111dami Guillaume qui pleurait i chaudes larmes, il expirait en pleine connaissance, soupirant un dernier adieu et son dernier vœu pour la cause de l'émancipation humaine. Le bruit de la mort du vieux communard se répandit de suite dans le village, mais personne ne voulait y croire. - Ce n'est pas possible! se disait-on. On en était arrivé a penser qu'un homme comme celui-la ne devait pas mourir. * * * Quant le doute ne fut plus possible et que l'on connut l'heure et le jour de l'enterrement du pére Martin, qui avait spécifié sur son testament qu'il voulait être enterré civilement, dans la fosse commune, comme le plus pauvre de tous les pauvres, et qu'il ne fût pas prononcé de discours sur sa tombe, ce fut un cri de douleur dans tout le pays, auquel succéda un entrain fiévreux. Les bois des environs furent, en quelques heures, dépouillés de leur jeune ramure, les jardins et les buissons de leurs fleurs naissantes, pour couvrir de couronnes le cercueil du bon vieux. Ce fut aussi à qui offrirait ses épaules pour avoir l'honneur de le porter à sa derniére demeure. Les vieux et les jeunes se chamaillérent entre eux. Mais Guillaume, désigné pour marcher en tête du cortége avec la famille, arrangea les choses. Et ce ft.rt au milieu d'un silence lugubre, troublé seulement• par des sanglots, suivi de tous les habitants du pays, de tous le1,1rsenfants et de gens accourus en grand nombre des environs, que le pére Martin fut porté au cimetiére et enfin dans le petit coin de terre réservé aux pauvres dont il avait été toute sa vie l'ami et le vaillant défenseur. Guillaume avait préparé quelques mots qu'il s'était promis de dire ou de pleurer sur la tombe de son vieil ami. Mais, respectueux de ses derniéres volontés, il n'en fit rien. Ce n'est que le cœur débordant de chagrin et ne pouvant le contenir, qu'il bégaya d'une voix sanglotante: Adieu, mon vieil ami! Vive la République! Vive la Sociale! Et, sans comprendre la portée du cri de guerre qu'ils jetaient à la vieille société, hommes, femmes et enfants répétérent : Vive la Sociale!
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