La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

IL EN !~TAIT 171 en garder rancune, c'était à qui rendait hommage à ses convictions, à son désintéressement. Guillaume bénéficia de la popularité et de l'estime dont jouissait son vieil ami. Il fut élu le premier sur la liste et passa maire en remplacement d'un blasonné, gros propriétaire de l'endroit, qui avait témoigné le plus d'hostilité aux gens de la Petite Commune. Cependant Guillaume n'accepta qu'après avoir consulté le père Martin. Celui-ci lui conseilla d'optempérer au désir de ses collègues, insistant sur ce point: « En raison de vos opinions, il le ·faut. Un maire républicain peut faire beaucoup de bien dans sa commune. Et les maires républicains manquent en France.)> Guillaume accepta," promettant de faire son devoir et ajouta : - Vous avez raison ... Et puis, moi là, c'est votre revanche, mon papa Mart-in ! . - Non, mon ami, c'en est une autre, ou du moins c'est le commencement. . - Ah! je comprends, rispost(l Guillaume, c'est la- revanche de la Commune. Vive la Commune ! Le ·vieux communard et le nouveau maire, profondément émus, se serrèrent longuement la main. VII De troublé qu'il avait été, le village de *** était~ en 1890, la commune modèle, l'éden de la vie paysanne : tous étaient parents et amis. . • L'ancien maire, le ·blasonné, n'ayant pu supporter ·sa ·défaite et moins encore de se voir remplacé par un rustre, comme il disait en parlant des gens du peuple, dans des fonctions qu'il occupait depuis plus de trente ans, vendit ses propriétés et quitta le pays. Son départ fut une fête. Les jeunes gens allumèrent un feu de joie, brûlèrent le bla~onné en effigi~ et les enfants firent une conso mmation extraordinaire de fusées et de pétards. Le blackboulé et sa famille furent accompagnés jusqu'à mi-ch~min de la gare par une bande de moutards courant· derrière son équipage et chantat1t·en chœur : ' Tu nous quittes et tu t'en ".as, Tu t'en vas et tu nous quittes 1 Le brave Guillaume, aidé de son vieil ami, administrait la·commune -à- la satifa«:t-i"oid:ie tous·~Du-reste, il-ne faisait r1e;1sant-tônsult-er

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