La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

166 LA REVUE SOCIALISTE leur conduite, et même il s'ètait emporté 'jusqu'à lèur dire qu'à la première aubade, il sortirait avec un soc de .charrue et qu'il s'en servirait s-ur la peau des gueulards. - « Qu'est-ce que vous avez -à reprocher aux gens de la Petite Commune?, disait-il. Jamais un pauvre ne frappe chez eux sans être secouru, sans avoir au besoin le gîte et la no:irriture. Le fils pa'ie ses O'uvriers plus que tous les autres fermiers. Quand il y en a un de malade, c'est le père Ma-rtin qui le soigne, et il ne le laisse pas mourir comme votre fameux médecin que vous allez chercher à deux lieues d'ici. « Vous lui reprochez d'avoir été de la Commune!.,. Savezvous seulement ce que c'était -que la Commune? Eh bièn, moi, je le sais et j'ai l:ln remords! A cette époque j'étais soldat, et après avoir fait son devoir devant les Prussiens, mon régiment fot dirigé sur Paris. « Nos chefs nous dirent qu'on comptait sur nous, que nous allions être les sauveurs de -Parls, de la France et de la République en corrigeant les brigands qui mettaient la capitale à fe1;1et à sang, qui pillaient, égorgeaient les femmes et les enfants. « Comme des imbècüles, les camarades et moi nous avons cru nos chefs et nous avons été plus cruels envers les Parisiens que nous ne l'avions été envers les -Prussiens. Et c'est nous, enfants du peuple, de la France, c'est nous qui, après la prise de Paris par trahison, avons été des pillards, des incendiaires, des égorgeurs de femmes, d'enfants et de vieillards. « La consigne était de massàcrer, moi et les camarades nous avons massacré. Eh bien, je le regrette, depuis j'en ai pleuré! car les communeux valaient ,mieux que Thiers et sa bande et que tous les seélérats et les traîtres qui ont livré la France. « Des pillards! J'en ai connu depuis: des commu neu-x, -ih-étaien,t tous pauvres comme Job. Voyons, le père Martiri, est-ce que ça l'a enrichi? Il a fait beaucoup de prison, il a été en Nouvelle-Calédonie, il est estropié et, s'il n'avait pas eu son fils, que serait-il devenu? « Tâchez donc de ficher la paix à ce bon vieux et ne l'empêchez pas de mourir tranquillement. Il a défendu des ignorants comme vous contre les malins qui les grugent. Il a défendu ceux qui ne mangent pas- à leur faim COfltre ceux qui mangent trop. S'il n'y avait pas eu des hommes comme lui lors de la grande ·Révolution, vous n'auriez pas cjade terre à vous et vous seriez encore les serfs du château d'à côté ! « A la vôtre et à la santé du père Martin! », terminait le rparéchaI en -levaot son ·Verre et en le-vidant d'un trait. Les gens du pays l'é<::outaient-bouche béante et se disaient entrn eux : ~ Ce satané Guiilau,me, on passerait h nuit à. l'éroutel'-l Il parle -hbn mieux que flotre;députb .. • • , - · ·-_• 1 •··· •• • , • : •• - • •

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==