La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

IL EN ÉTAIT Dans ces jours de grande éloquence, le marechal ajoutait : - Eh ben, demain j'irai le chercher et c'est moi qui l'accompagnerai sur la grand'place. Je veux qu'il puisse se reposer, penser et respirer sous notre bel arbre de la liberté! Cet arbre-là, il est plus à lui qu'à nous : il a assez defendu la liberté et la République, le pauvre vieux! Et moi, je suis· républicain; nom de Dieu! Et si, être socialiste, ça veut dire être pour le bien de tous et pour la justice, eh ben, je suis socialiste aussi! Et que celui à qui ça déplait vienne me le dire en face, malgré mes cinquante-deux ans, je suis encore homm.e à lui répondre ... Vive la République et la bonne! Alors, q se levait, remplis$ait les wrres de tous et le sien et, d'une voix formidable, il entonnait : Les peuples sont pour nous des frères, Des frères, des frères, Et les tyrans des ennemis ! : * * * Ces soirs-là, Guillaume rentrait satisfait et à la fois mécontent de lui : satisfait d'avoir, comme il le disait, rivé le clou aux ignorants du pays; mécontent d'avoir tiré sur les Parisiens. Il s'appelait grand butor! abruti! sale soldat ! chair à canon! bon à tout et propre à rien! Sa femme, sachant ce que ça voulait dire, se gardait bien de lui adresser la parole : elle faisait la dormeuse et Guillaume se couchait en maugréant. Le matin, il se réveillait la tête un peu lourde et le cœur oppressé. Il brûlait du désir de courir chez le pére Martin le prendre par le cou et l'embrasser en lui demandant pardon. - Car, disait-il, c'est affreux ! Quand je pens7 que j'aurais pn l'avoir au bout de mon fusil et que j'aurais tué un brave homme comme ça! V Les sorties du brave Guillaume, qu'on estimait parce qu'on le savait d'une force herculéenne, honnête et laborieux, porterent leurs fruits. Le pere Martin pouvait de temps en temps aller s'abriter à l'ombre de son grand arbre sans être trop taquiné. 11arrivait même que des vieux qui jusqu'ici l'avaient toisé d'un air de mépris, lui faisaient un signe de. tête et quelquefois même le saluaient avec respect.

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