La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

IL EN ÉTAIT sant et continuait sa route en ·pensant: Pauvres moutons de Panurge!· Son fils avait hérité de la haine injustifiée qu'on avait pour son pére: Personne ne lui parlait plus et les malins de l'endroit avaient baptisé sa ferme : « La Petite Commune ». A quelques mois de là, u'n incendie se (dédara •dans une ferme située à l'extrémité du village. - C'est ben drôle tout d'même, insinuèrent certains gros bonnets, il n'y a jamais eu d'incendie chez nous; il a fallu, pour que ça nous arrive, que le vieux de la Petite Commune nous apporte le mauvais sort. - Et qui sait,· ajoutaient d'autres, si ce n'est pas son ouvrage à lui. - Dame ! ripostaient les finauds, c'est peut-être avec du pétrole , qu'il aura conservé du temps de la Commune. ?-.fartin et son fils laissaient dire. Mais il était impossible au bon vieux d'aller penser un peu à l'ombre de son bel arbre de la liberté. Il se résigna et garda la maison. Ne le rencontrant plus, les enragés allèrent l'attaquer chez lui. Ils lui lancèrent des pierres dans ses carreaux. On dut le changer de chambre. La nuit on lui faisait des aubades sur un air et des paroles composés par un poète du cru et se terminant ·par : Il m était! Il u'eu s'ra plus I Le garde-champêtre, les gendarmes et la municip_alité étaient au courant de ces actes odieux, mais chacun riait sous cape et laissait faire. Deux longues années se passèrent ainsi. Le fils avait eu l'intention de quitter le pays, mais le père Martin l'en avait dissuadé, lui assurant que tout ce scandale finirait bien un jour. - IV Les gens de la Petite Commune avait cependant dans le village un ami et un défenseur dont ils ne se· doutaient guère. C'était Guillaume, le maréchal-ferrant, un grand gaiÜard d'une cinquantaine d'années qui avait fait les campagnes d'Afrique et dont le père était mort médaillé de Sainte-Hélène. • • De chacun d'eux aussi, on avait dit à leur retour au -village qu'ils en étaient~ mais p.our les ·glorifier, il est vrai. Bien souvent, le marêçhal s'était pris de bec le soir, aLLcabaret, avec les gens du pays. En termes énergique~,. il leur avait reproch~

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