La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA REVUE SOCIALISTE Sa femme étant morte deux ou trois ans auparavant, se jugeant trop vieux et ne se trouvant plus assez ingambe pour servir sa cause utilement et trouver du travail, il avait accepté l'hospitalité que son fils lui avait offerte. Voici, en abrégeant beaucoup, les états de service à la cause de la justice du pérc Martin que nous ayons vu arriver chez son fils avec ses soixante ans, ~a longue barbe blanche et sa béquille. II I Le brave homme était à peine installé, que quelques mauvais gars du pays étaient venus hurler à la porte de la ferme : A bas le communard ! A Cayenne, le vieux béquillard ! Connaissant son monde, le fils qui avait du sang de son pére et qui n'était pas un lâche, avait pensé que le mieux qu'il avait à faire était de laisser les manifestations se produire. Le pérc Martin ne sortait pas : Il se promenait dans le jardin ou dans la cour de la ferme avec les enfants et s'y trouvait mieux encore qu'à la Nouvelle. Il vécut ainsi tout l'hiver. Quand vint le printemps, il tenta une sortie avec ses petits enfants et alla jusqu'a la place du village s'asseoir sur un banc, a l'ombre d'un orme qui avait la réputation d'être un arbre de la liberté planté la sous la premiére Révolution. Il y arriYa sans trop d'cncombr~, n'ayant eu à subir en route que quelques grognements de chiens lancés aprés lui, quelques œillades méchantes de femmes et de vieux assis sur le pas de leur porte et grommelant entre leurs dents : Il en était ! Cc qui voulait dire : Il en était de la bande de la Commune. Mais la nouvelle de la sortie du vieux communard ayant couru dans le village, les enfants se rassem blérent; et, pour regagner la ferme, il eut à subir les attaques et les injures non seulement des enfants, mais aussï des parents qui les excitaient. - A bas le communard ! hurlaient les uns. - He ! viéux béquillard, criaient les autres. Il n'y a rien à piller ici, qu'est-ce que tq viens faire chez nous ? - Hé! Il en était d' la bande a Vidocq! Et tous reprenaient en chœur : - Il en était/ Il e,i était! Il n'en s'ra plus ! Il n'en peut plus ! Certains poussaient l'insolence jusqu'à lui tirer sa béquille; d'autres jusqu'à essayer de lui prendre la barbe. Ses petits enfants jetaient des cris lamentables. Impassible et résigné, il les consolait en les embras-

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