LA CONFÉDÉRATION GÉNÉRALE DU TRAVAIL El\ FRANCE I 59 dans leur ardèur, ils n'ont pas attendu que les syndicats aient mis en pratique leurs conseils. Ils ont cru preférable de créer les cadres, si fragiles qu'ils pussent être, de la Fédération des Fédérations, sortant ainsi du rêYe vague pour entrer dans les choses concrétes toujours plus saisissantes. Cette conception a malheureusement le défaut de sa qualité; c'est de montrer une organisation chancelante dont l'avenir peut être révoqué en doute et de laquelle on soit trop tenté de s'éloigner. N'est-ce pas le défaut de notre tempérament? Pressés d'aboutir, nous courons au but en dédaignant trop les moyens, ce qui nous oblige trop souvent à revenir sur nos pas pour reprendre nos travaux en sousœuvre. Là est toute l'histoire de la constitution de la Confédération générale du travail en France. Son mérite, en définitive, est d'avoir tracé la route, et il n'est pas mince. Aux travailleurs maintenant de s'y engager courageusement et avec confiance. Leur mot d'ordre doit être plus que jamais : Fédéro11s11011s et, fédérés, adbéro11s à la Co11fédérntiog1é1 1érnle. Dans cette mobilisation de l'armée ouvrière, je sais énormément de corps d'état qui ne resteront pas en arrière : les chemins de fer, la métallurgie, le bâtiment, le gaz, les tabacs, et en général toutes les corporations industrielles. Les mineurs, de leur côté, doivent tenter un effort. Leurs intérêts, je ne l'ignore pas, sont distincts, mais par beaucoup de points ils touchent à ceux des autres travailleurs. Et puis qui oserait prétendre qu'entre toutes les victimes de l'organisation capitaliste une solidarité étroite ne s'impose pas ? Mais ce qui importe surtout à la Confédération générale, si elle veut en France grouper à l'ombre de son drapeau la grande majorité des travailleurs, c'est de gagner à sa cause et d'appeler dans son sein les représentants des ouvriers des champs. Notre pays est avant tout un pays d'agriculture : qui a le paysan a le pouvoir, et voilà pourquoi Méline règne. En Angleterre les syndicats de travailleurs agricoles couvrent toute la surface du territoire; ils sont extrêmement puissants et supérieurement organisés. Il est vrai que l'exploitation agricole n'est pas la même qu'en France. Là le régime capitaliste a tout pénétré : on ne trouve plus trace de cette ·organisation patriarcale qui chez nous subsiste encore. Mais nous y viendrons, quoi qu'en dise M. Paul Deschanel. Nous y Yiendrons, parce que c'est la conséquence fatale du développement industriel. Quand il y aura pléthore de capitaux dans l'industrie, il faudra à ces capitaux de nouveaux débouchés qu'ils trouveront à leur portée à deux pas des villes. Et alors l'ouvrier agricole ne se distinguera plus de son frère de souffrance des grandes agglomérations industrielles. Ce jour-là, il fera avec lui cause commune.
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