La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LA CONFÉDÉRATION GÉNÉRALE DU TRAVAIL EN FRANCE Ii> chacun fait parler selon ses propres.vues, au hasard du moment. Il ne leur restera plus qu'à formuler en loi les désidérata qui leur auront été signifiés ainsi et les lois seront bien, comme on les a définies, l'expression de la volonté générale. Cette participation directe des travailleurs à leur confection aurait pour résultat précieux de donner au peuple un sentiment plus net de sa responsabilité. Il apprendrait à compter beaucoup avec lui-même, à réfléchir à la conséquence de ses actes et, par l'expérience des chose,, à acquérir une haute maturité d'esprit. Mais cette confédération nationale ne tendrait-elle pas à devenir en peu de temps un parlement au petit pied, avec tous les défauts et tous les excès du parlementarisme? Ne serait-il pas en perpétuel conflit avec les Chambres auxquelles il voudrait donner des ordres plus ou moins favorablement accueillis ? Un parlement au petit pied, je ne ie crois pas. Qu'on y songe, la confédération nationale serait seulement chargée de présenter les résolutions des congrès annuels des travailleurs et de veiller à leur exécution. Aucune initiative ne saurait lui être laissée en matière de revendications ouvrières. Son programme lui serait nettement tracé et sous aucun prétexte elle n'aurait à s'en écarter. Elle constituerait ainsi plutot un comité de vigilance sans cesse stimulé, mais donnant force vie et actualité aux vouloirs généraux des travailleurs. Un conflit avec les Chambres? Pourquoi? quel intérêt les parlementaires auraient-ils à mécontenter cette masse énorme d'électeurs groupés derrière la confédération? Dans quel but s'insurgeraient-ils contre la volonté du plus grand nombre? A dire vrai, l'utilité de cet organisme ne s'est pas imposée à tous les esprits, en Angleterre surrout, la terre classique de l'action ouvrière pourtant. Mais le tradeunionisme, quand la question s'est posée devant lui, d'une confédération générale des travailleurs, n'a pas voulu .apercevoir l'influence qu'elle pourrait exercer au point de vue parlementaire; se plaçant sur le terrain de l'action ouvrière seule, il lui a semblé qu'une confédération, trop lourde aux Bourses syndicales, serait trnp lente à agir. Sous l'impulsion- du mouvement chartiste, il s'était formé de vastes. unions proposant un plan général de réformes. Depuis on a abandonné les revendications générales; on aime mieux procéder par succès partiels. « Travaillons pour notre pain et notre beurre~ a dit David Holmès, un trade-unioniste des plus en.renom » (1). Mais est-ce renoncer au pain et au beurre que de poursuivre en -même temps, et par la voie législative et par l'action syndicale immédiate, la réalisation des espérances ouvrières? Ces deux mouvements, (1) Le Tradt-unio11is11e1,ei A11glelerre, par Paul de Rou·ziers.

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