La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

LE SOCIALISME EN ALLE~IAG:-.;E E~ r"89j 147 qui, au courant de la dernière année, ont adhéré au mouvement syndical est évalué à soixante mille par la commission générale siégeant à Hambourg. Sur le terrain économique, les organisations ouniéres ont pu quelquefois prendre l'offensive; la période de prospérité industrielle que nous traversons, mais dont beaucoup de faits annoncent la fin prochaine, ayant absorbé une partie de l'armée de réserYe, la classe capitaliste, dans son propre intérêt, a été moins portée à provoquer des conflits. Dans le domaine politique, au contraire, c'est plutôt la défen- 1 sive qui a dù rester la forme habituelle de la campagne socialiste. La rais;n en est très simple. C'est que l'État actuel, sous sa triple forme : militariste, capitaliste et m.)narchique, est bâti sur la base de l'État de 1848. Il est, en bonne partie, le produit de la révolution de mars, révolution dont les traces se retrouvent dans un certain nombre de libertés constitutionnelles. Or l'État de Guillaume II, incarnation à la fois de la ploutocratie, de la brutalité soldatesque et de l'absolutisme dynastique modéré seulement par l'absolutisme des gros industriels, ne connaît qu'un but : c'est de faire table rase des dites libertés qui, au dire des défenseurs del' cc ordre», ne profitent qu'aux ennemis de la société. Et parmi ces fruits de la révolution il en est un qui est d'un goùt particulièrement amer pour nos législateurs : c'est le droit d'association. L'abolir simplement et sans compensation aucune, telle était bien l'arrière-pensée gouvernementale qui avait dicté la fameuse proposition de mai 1897. Le projet des conservateurs, appuyé par le gouvernement, consistait en une modification de la loi existante en ce sens que dorénavant ni les femmes, ni les jeunes gens au-dessous de vingt et un ans ne pourraient assister aux réunions publiques! Singulière réponse des autorités aux manifestants du 1•r Mai qui, au nombre de centaines de milliers avaient, au nom de leur classe, sollicité plus de libertés et de bien-être. Heureusement que le peuple allemand, comparé par Heine à l'esclave libéré de ses chaines, mais restant esclave par sa docilité, n'est plus la masse inerte qui se prête aux caprices liberticides de toutes les réactions. Le parti socialiste, dont les actes deviennent de plus en plus l'expression de l'opinion générale, a vigoureusement réagi contre ces tentatives d'un autre âge, en sorte que non seulement le projet gouvernemental fut rejeté, mais qu'il fut même remplacé par une loi fort libérale, à laquelle, pour entrer en vigueur, il ne manque qu'une chose : l'approbation de la Diète prussienne. Dans ce corps il ne se trouvera pas de sitôt une majorité pour sanctionner la loi adoptée au Reichstag, a moins que les socialistes n'y fassent brèche; mais le fait seul qu'elle fut votée par les élus du suffrage universel témoigne assez de l'état d'esprit des él,ecteurs. La bro-

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