126 LA REVUE SOCIALISTE volume, M. Maurice Lambert a su donner à l'exposé des lois citées la plus grande clarté. De plus tout son livre est pénétré d'un souffle si libéral et si généreux que M. Charles Gide n'a pas hésité à le présenter au public comme un des plus avisés disciples de la nouvelle économie politique, telle que la comprennent M. Cau\\'ès et M. Gide lui-même. M. Maurice Lambert ne se prononce pas sur la trame même des luttes entre salariants et salariés, autrement di_tsur la lutte des classes. Le régime du salariat disparaîtra peut-être un jour. Mais ce jour étant encore bien éloigné, M. Lambert estime qu'il faut avant tout se préoccuper de rendre ce régime plus supportable. Et il constate douloureusemeflt qu'en ce qui concerne la législation des contrats entre employeurs et employés, ou mieux, entre exploiteurs et exploités, la France se trouve en arrière de tous les pays d'Europe, sauf l'Italie, l'Espagne et la Turquie. M. Lambert ,·eut que l'on garantisse efficacement l'ouvrier et son salaire, contre le patron d'abord, puis contre ses propres créanciers, et contre luimême. - Quant aux retenues, elles doivent être interdites, ainsi que les insti: tutions patronales, lesquelles crée.nt entre l'ouvrier et son employeur un lien de dépendance et des chaînes qui l'enserrent et lui ravissent sa liberté. Évidemment on ne peut empêcher un patron de vouloir protéger et patronner, mais le patronage devient toufours une nouvelle forme d'exploitation ou d'oppression; le patronage capitaliste ne devrait être légalement autorisé qu'à la condition de rester libéral, de se borner à consister en de purs conseils, en de simples encouragements et subsides aux œuvres mutuellistes ou corporatives dues :i l'initiati,·e des ouvriers eux-mêmes et dirigées exclusivement par eux. Aussi M. Lambert combat le patronage patriarcal préconisé par les catholiques et par l'école de M. Le Play, et il voudrait une loi pour en proscrire tout essai d·olosif. M. Lambert est un interventionniste décidé, et il se plaint encore que la liberté syndic:1le n'existe pas en fait, que le droit au syndicat soit resté un droit métaphysique, sans portée pratique, puisqu'il n'est garanti contre la tyrannie patronale par aucune sanction. - « Un homme qui en occupe un millier d'autres est, en lui-même, une absolument rigide coalition équivalant à mille acheteurs d'unités de travail sur le marché. » - « Pour opposer à la collectivité du capital représentée par le patron la collectivité du travail représentée par le syndicat », le législateur doit reprendre son œuvre et outiller légalement le syndicat d'armes sérieuses offensives et défensives. - Bref, ce livre renferme plus de substance que n'en promettait son modeste titre. Mais c'est que l'auteur n'a pris la question du salaire que comme un guide. Et n'est-cc pas autour du salaire que viennent se concentrer la plupart des difficultés entre patrons et ouvriers, difficultés et souffrances contre lesquelles M. Lambert propose des remèdes que nous approuvons, mais seulement en tant que palliatifs provisoires, expédients temporaires. Et en cela nous. sommes d'accord avec la nouvelle médecine qui se soucie bien moins de trouvur des remèdes contre les maladies que de remonter aux causes mêmes des maladies, afin de supprimer ces effets et ces causes en supprimant la mauvaise hygiène ou le détestable régime qui les engendre. ADRIEN VEBER.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==