La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVII- vol 01

REVUE DES LIVRES r27 * * * Henri RAMIN. - Impressions d'Allemagne. - Paris, Firmin-Didot, éditeur, 56, rue Jacob. - Prix : 3 fr. 50 M. Ramin est allé en Allemagne et, très simplement, en un style élégant de vulgarisation, il raconte ce qu'il y a vu et observé, à swoir comment le bourgeois et la bourgeoisie se comportent, à tous les âges, dans toutes les circonstances de la vie, à la rue, au théâtre, au foyer, au salon, à la caserne, au magasin. Il a accordé un coup de crayon à toutes les manifestations superficielles de la civilisation allemande, mais a omis tous renseignements économiques ou ouvriers. A côté d'un trait de mœurs, vous rencontrerez une aperception de l'organisation administrative et judiciaire enfin unifiée, et du développement des divers moyens de circulation, d'échange, d'éclairage, etc. Dans tout cela, il y a bien des choses que nous avons déjà lues ailleurs, mais que nous relisons avec intérêt. Notons cependant, entre autres : qu'on ne remarque point, comme en France, ces divergences foncières qui distinguent le bourg <le la grande ville, le prO\·incial du Parisien; - que sur les esplanades, il y a des bancs sacro-saints réservés aux enfants ( /{i11derbn11k);-qué la galanterie est draconiennement poursuivie par une police impitoyable; - que s'il est interdit aux logeurs de donner une même chambre à un couple non marié, ces derniers éludent la contravention en donnant deux chambres communiquant par une porte; et que l'union libre n'est admise nulle part; - que les étudiants sont plus gourmands et buveurs que bruyants et débauchés; que, malgré les deux vers de Gœthe : Der nicht liebt \Vein, \Veib und Gcsang Der bleibt ein Narr sein Leben lang, les jeunes hommes préfèrent la chope et la pipe à la femme ; - que la police est toute puissante et instinctivement respectée et enviée; que tout le monde est resté religieux, mais que personne ne salue les enterrements qui passent; - que les jeunes filles jouissent d'une grande liberté et les femmes d'aucune; - que les platoniques fiançailles durent des temps indéterminés; - que l'esprit de famille et les vertus domestiques sont fort honorés et pratiqués ... M. Ramin croit à la moralité allemande, partant au progrès allemand. Mais, après une analyse du Faust et du génie de Gœthe et de ·wagner, l'auteur conclut que le véritable art de l'Allemagne est la musique, et qu'en dehors de la musique, l' Allemand ne croit guères qu'au travail, dans sa patrie s'il le peut, à l'étranger s'il est par trop misérable chez lui. D'où, grâce à la grande malléabilité de l'âme allemande, la facile extension de la race allemande, qui est en train de se répandre sur tout le globe, en même temps que son socialisme. lei M. Ramin laisse percer un bout d'oreille qu'il aurait mieux fait de laisser caché sous son bonnet de voyage. Car il y a eu un socialisme français bien avant qu'il y en ait un allemand; et chacun sait que les publications françaises et les diverses révolutions prolétariennes de France ont plus fait pour l'expansion mondiale du· socialisme. que les lourdes et savantes théories des Mar.x et des •

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